En vrac et en retard (4)

Les trucs que j’ai vus depuis 5 ou 6 mois et dont je n’ai pas parlé avant parce que sur le moment je n’avais pas envie, ou j’avais autre chose à faire, ou pas d’inspiration… Mais j’ai quand même envie d’en dire un mot avant d’archiver mes tickets ciné.

Star Wars affiche
Star Wars : Episode VII – Le réveil de la force
(Titre original : Star Wars: Episode VII – The Force Awakens)
De J.J. Abrams. Avec Daisy Ridley, Tom Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver…
Sortie le 16 Décembre 2015

Trente ans après la mort de l’Empereur, une organisation appelée le Premier Ordre s’est bâtie sur les ruines impériales et maintient la galaxie sous la menace. Les Jedis sont devenus une légende, Luke Skywalker s’est retiré du monde et les rebelles n’ont jamais réussi à ramener la paix et la démocratie.
Sur une planète sableuse isolée, une jeune fille qui ignore tout de ses origines rencontre un petit robot perdu détenteur d’un secret et un stormtrooper déserteur tout aussi perdu. Dans leur fuite, ils vont tomber sur Han Solo et Chewbacca, qui vont leur révéler que les légendes sont en fait vraies.

Là encore, ça commence à dater sérieusement, et surtout au moment où je l’ai vu et où je pensais à ce que j’allais écrire dessus, la loi « no-spoiler » était encore de rigueur et je n’ai du coup pas retenu des masses d’idées, à part que ça allait mériter d’être revu. Plusieurs fois.

Déjà parce que j’ai un peu raté le début, et c’est dommage parce que c’est Oscar Isaac qui fait l’ouverture, et que je l’aime bien, et que comme il joue un des héros il se paie un look de beau gosse comme jamais. Mais il y avait un monsieur à côté de moi qui ne voulait pas éteindre son téléphone et qui embêtait tout le monde avec la lumière. Peut-être pour filmer l’écran ? Mais non, les gens ne font pas des trucs illégaux comme ça dans les salles de cinéma, surtout pas devant leurs enfants… Euh, bref, le temps de l’engueuler, je n’ai pas entendu la conversation super importante sur le truc super-important caché dans le petit robot BB8. Donc il faut que je revoie le film. Bientôt. Plusieurs fois.

Déjà avant la prélogie, quand il était connu que le projet initial était de 9 films mais qu’il était encore douteux que George Lucas aille au-delà des 3 originaux (… ouais ça ne rajeunit personne de se rappeler qu’il fut un temps où même la prélogie n’était pas envisagée), mon imagination moulinait à plein sur ce que pourrait raconter une suite, qui aurait lieu vingt ou trente ans plus tard, des aventures de ce trio de contes qu’étaient le paysan, la princesse et le pirate.

Et mon imagination avait eu un peu bon sur certains points, ça allait continuer évidemment à raconter l’histoire de la famille Skywalker. Mais j’avais surtout très tort sur l’essentiel : je n’avais pas imaginé que la victoire à la fin du Retour du Jedi allait être incomplète, et que trois décades plus tard on retrouverait les personnages et leur(s) monde(s) quasiment au même point.
Quelque part, c’est logique que tout n’aille pas pour le mieux, sans quoi il n’y aurait aucun besoin de nouveaux héros pour mener d’épiques aventures, mais quand même, c’est ce qui m’a le plus surprise.

Star Wars 1
Il y en a à qui la défaite réussit, apparemment.

Le Réveil de la Force, au niveau narratif, est quasiment une copie conforme d’Un Nouvel Espoir, avec un(e) jeune qui ignore tout de son passé et un vieux briscard qui va lui en donner les clés, un petit robot détenteur d’informations à même de sauver ou détruire la galaxie, des gens en noir qui froncent fort les sourcils, des gens en blanc dont on ne sait pas s’ils froncent les sourcils parce qu’ils portent des casques, des sauvetages, de belles amitiés qui se forment, une bonne grosse bataille aéronavale… et ça pourrait vraiment avoir l’air d’une démarche de pure feignasserie scénaristique, sauf que non : c’est plutôt comme si un cahier des charges très précis du récit initiatique lucasien avait été établi, et qu’il était suivi comme il se doit, mais sans pour autant se répéter complètement.
Il y a d’ailleurs plein d’effets miroirs : le héros est cette fois une héroïne. Il est fort peu probable que son adversaire soit son père (j’imagine, en tout cas, puisqu’Adam Driver, une fois rasé de près, a l’air d’avoir le même âge que Daisy Ridley) et la filiation n’est pas là où je l’attendais (pour le moment du moins, et sous toutes réserves), mais elle existe, les notions d’héritage, et manifestement de secrets de famille, sont bien présents.
Il semble aussi que, depuis la disparition des Jedis, le côté obscur soit devenu l’institution en place, et c’est le côté lumineux qui exerce une attirance subversive sur la part rebelle des esprits en doute (ah mais si seulement…)

On n’a donc pas complètement l’impression d’être dans un musée, bien que le matériau soit dans les mains de fans qui ont à cœur de rendre hommage et qu’il y ait forcément eu une part de fan-service dans la réintégration des anciens personnages et la réunion des anciens combattants. Mais c’est bien utilisé, bien dosé. Il y a du mentor et de la transmission dans l’intention, et c’est parfaitement approprié.

Star Wars 3

Comme Han Solo retrouvant le Millenium, on a l’impression de rentrer à la maison, et il faudrait être de mauvais esprit pour bouder son plaisir. Evidemment, il y a des maladresses et des facilités. Evidemment, il y a eu des puristes pour crier à l’infidélité. Evidemment on aurait pu se passer de 6PO (perso je l’échange contre Jar-Jar Binks n’importe quand sans états d’âme et avec plaisir). Evidemment le Grand Sachem du Premier Ordre en hologramme ne ressemble à rien. Evidemment, si à chaque épisode on joue juste à construire des Etoiles de la Mort de plus en plus grosses ça va vite devenir super relou.
Mais qu’est-ce qu’on s’en fout !

BB8 ? Une merveille d’expressivité, et ce n’était pas facile de venir après R2D2.
Oscar Isaac a trop peu de temps d’écran et son personnage, qui normalement devrait être le n°3 du trio de héros, a l’air sacrément creux pour l’instant. Mais il porte bien l’orange (qui est le new black, il parait). Et Domnhall Gleeson porte incroyablement bien les épaulettes. J’attends le meilleur d’Adam Driver, mais je me prononcerai plus tard sur sa performance, j’ai besoin d’en voir davantage (là ce n’était pas concluant).

C’est complètement subjectif, mais je trouve que Daisy Ridley a un peu, physiquement, un « style à la mode » que j’aime bien, qui s’inscrit dans la lignée d’un certain nombre d’actrices qui montent et à qui on confie des personnages intéressants et badass, mais pas forcément badass qui vont à la castagne, plutôt badass psychologiquement. Je ne sais pas si c’est une bonne chose de faire des associations d’idées ou de la catégoriser, mais disons, j’avais du coup un a priori positif sur elle.
Et de même que John Boyega, pour des petits jeunes qui ont si peu d’expérience de grosses machines de ce genre, ils s’en tirent de façon admirable, le film reposant pour l’essentiel sur leurs épaules, c’est impressionnant.

Star Wars 2

On pourrait, éventuellement, trouver dommage que l’image soit si belle, si nette, si propre, et regretter un peu la poussière et le grain qui ont marqué nos imaginaires, mais on ne va pas demander à J.J. Abrams de faire un film de 1977 en 2015, surtout que, toute nostalgie mise à part, Abrams est un bien meilleur réalisateur que Lucas.
A part ça, je n’ai vraiment pas grand-chose de négatif à dire de cet épisode VII. C’est juste super chouette, un plaisir de cinéma avec l’excitation qui monte comme ça ne m’arrive plus souvent avant un film, un terrain connu plein de surprises, on en ressort avec des théories plein la tête et l’impatience de voir la suite.

Tout bon, carton plein, vive la République.

En vrac et en retard (3)

Les trucs que j’ai vus depuis 5 ou 6 mois et dont je n’ai pas parlé avant parce que sur le moment je n’avais pas envie, ou j’avais autre chose à faire, ou pas d’inspiration… Mais j’ai quand même envie d’en dire un mot avant d’archiver mes tickets ciné.

le pont des espions affiche
Le pont des espions
(Titre original : Bridge of Spies)
De Steven Spielberg. Avec Tom Hanks, Mark Rylance, Scott Shepherd, Austin Stowell…
Sortie le 2 Décembre 2015

Pendant la guerre froide, Rudolf Abel, un espion soviétique est arrêté à New-York et traduit en justice. James Donovan est recruté pour le défendre durant son procès, dont l’issue est courrue d’avance. Jusqu’à ce qu’un pilote américain échoue son U2 expérimental en territoire ennemi, et qu’Abel devienne une monnaie d’échange.

Bon, là, ça commence à dater sérieusement, donc ça ne va pas être très développé.

Choisi à l’insu de son plein gré pour être, aux yeux de toute la nation, l’avocat du diable, James Donovan, qui n’est même pas spécialisé en droit pénal, encore moins sur quelque question d’espionnage, se retrouve tout d’abord dans une position atticus-finchesque où il doit faire un job pour lequel il n’est pas préparé, où il va forcément échouer parce que la raison d’Etat l’exige, mais pour lequel on ne doit pas le soupçonner de ne pas avoir fait de son mieux. Quadrature du cercle, mais il va s’y coller, surtout parce qu’au-delà du patriotisme, il croit au Droit, et à la valeur des principes dont ses supérieurs et la CIA ne veulent mettre en avant que l’apparence.

Voilà pour la première partie du film, que j’aime forcément puisqu’il y est question d’avocats, de procès, d’enquête, de plaidoiries et d’argumentaires.

Puis, après que l’armée de l’air ait envoyé ses meilleurs éléments en mission dans des avions en papier, le film change pour devenir un film d’espionnage, et James Donovan, encore moins compétent en espion, se voit de nouveau confier une mission compliquée et dangereuse au service de son pays : négocier un échange entre son client soviétique, dont on soupçonne qu’il a peut-être de la valeur pour Moscou, et le pilote américain Francis Gary Powers.
Berlin semble l’endroit idéal pour toute cette bidouille. Mais pile cette semaine-là, il y a des travaux, ça tombe mal : la construction d’un mur entre les quartiers est et ouest. Et le jeune économiste Frederic Pryor, suite à un malentendu, se retrouve prisonnier de la RDA. Puisqu’il faut négocier avec les locaux de toute façon, Donovan va tenter d’inclure Pryor dans la boucle.

Le pont des espions 2

Confronté à encore plus de faux-semblants que dans la première partie, Donovan trimbale une candeur certaine dans ce Berlin en mutation, où contre toute attente et grâce à sa détermination, il réussit à tout gérer aux petits oignons et tout est bien qui finit bien, sauf peut-être pour Rudolf Abel qui prend malgré tout les choses avec une certaine sérénité, comme à son habitude.

Mark Rylance, dans le rôle d’Abel, est fantastique de flegme, imperturbable derrière sa gueule de chien battu. Ça ne changera rien si on panique, alors on ne panique pas. Le gars risque juste la peine capitale, mais il reste très pragmatique, quel exemple ! Ça laisse admiratif du genre d’entrainement que recevaient les espions soviétiques à cette époque.

Malheureusement, malgré le sujet historique et les thématiques très intéressantes qui vont avec et qui, forcément, trouvent assez facilement leur place dans la filmographie de Spielberg, j’ai surtout eu l’impression de regarder un cours d’histoire un peu linéaire, bon on va vous expliquer la guerre froide et ses arcanes, les négos en non-dits, tout ça tout ça, on va y mettre plein de bons sentiments pour que ça ne soit pas uniquement didactique quand même, et au passage on va encore donner à Tom Hanks un rôle de héros américain parfait honneur-justice-famille, oui il fait ça très bien mais ce n’est pas exactement renversant.
Ses scènes avec Mark Rylance, tout de même, sont vraiment très bonnes, les dialogues valent sacrément le détour.

Bien, mais franchement pas aussi bouleversifiant qu’on nous l’avait annoncé.

En vrac et en retard (2)

Les trucs que j’ai vus depuis 5 ou 6 mois et dont je n’ai pas parlé avant parce que sur le moment je n’avais pas envie, ou j’avais autre chose à faire, ou pas d’inspiration… Mais j’ai quand même envie d’en dire un mot avant d’archiver mes tickets ciné.

Deadpool affiche
Deadpool
De Tim Miller. Avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, Josh Brolin, Gina Carano…
Sortie le 10 Février 2016

Deadpool, un super-bâtard en costume de spandex, nous raconte comment il a acquis ses super-pouvoirs et pourquoi il veut se venger de son ennemi Ajax.

Très grosse marrade sur ce film de super-héros plus ou moins apparenté à la franchise X-men (c’est le cousin au quatrième degré, environ), qui suit le schéma de narration et les codes classiques du genre, tout en s’en décalant : le héros n’est pas du tout héroïque, c’est un connard vaguement violent à l’éthique simplifiée au maximum. Son but n’est pas de sauver le monde, qui n’est d’ailleurs pas menacé le moins du monde, juste bien égoïstement de se faire ravaler la façade pour retrouver sa bogossitude initiale, et récupérer sa copine qui soit dit en passant gagne sa vie en tapinant (pas de jugement sur les choix de vie des gens, hein). Pour se faire, tous les coups sont permis, non pas parce que la fin justifierait les moyens, mais parce que c’est plus fun comme ça (pas de jugement sur l’absence de questionnements moraux des gens, hein).

Je ne sais pas du tout comment ce film se place dans le grand schéma universel des multi-franchises de films de super-héros mutants, ni si on va le revoir, chez lui ou chez les copains, et je m’en bats les steaks.

Bien sûr, pour comprendre toutes les blagounettes, les références, les caméos, il faut bien considérer Deadpool comme faisant partie d’un ensemble plus vaste. Et en même temps, si on le considère pour lui-même, comme un one-shot dont le but serait avant tout de divertir sans essayer de créer de mythologie, interroger le monde au travers d’une métaphore filée ou se créer une esthétique personnelle très marquée, Deadpool se tient très bien. Surtout parce qu’il se tient très mal.

Il y a eu un mouvement de révolte parmi les moins de douze ans à qui on a interdit d’aller le voir, et c’était vachard car la bande-annonce était alléchante, mais c’est vrai qu’au cours de la séance je me suis dit « Oh la, j’espère qu’il n’y a pas trop de petits dans la salle », puis « Oh la la j’espère qu’il n’y a AUCUN petit dans cette salle » parce que bien des parents auraient eu des explications à donner à la sortie sur des sujets qu’ils préféreraient sans doute ne pas aborder avec leur progéniture, jamais.

Deadpool 1

Pour les plus grands, cette liberté de ton (apparente, pas la peine de s’enflammer non plus) associée à des scènes d’action vraiment chouettes, rapides sans être précipitées, inventives et quasiment jouissives dans le genre défoulement par procuration, et une rupture du quatrième mur réussie et bien assortie à toutes les blagues, pas toujours indirectes, sur le film lui-même et les films de super-héros en général, fait de Deadpool un divertissement très efficace, qui n’est sans doute que ça mais c’est déjà beaucoup.

Les personnages principaux, de par leur imperfection et leur autodérision, se rendent très sympathiques malgré d’énormes casseroles, et ça n’était pas gagné quand on pense que Ryan Reynolds en est la figure de proue (faut-il le pousser loin pour en tirer quelque chose, cet homme !)

J’aurais bien aimé que les méchants soient un peu moins caricaturaux, (et qu’Ed Krein ne soit pas encore plus ridiculisé par son doublage français par exemple, on jurerait un malfrat de Nicky Larson, sans déc !) mais en fin de compte c’était peut-être fait exprès.

Pas sûr que la recette soit reproductible à l’infini, mais je le répète, si on prend le film pour ce qu’il est, sans essayer de le replacer dans un contexte plus étendu, c’est réussi.

En vrac et en retard (1)

Les trucs que j’ai vus depuis 5 ou 6 mois et dont je n’ai pas parlé avant parce que sur le moment je n’avais pas envie, ou j’avais autre chose à faire, ou pas d’inspiration… Mais j’ai quand même envie d’en dire un mot avant d’archiver mes tickets ciné.

Ave affiche
Ave, César !
(Titre original : Hail, Caesar !)
De Joel et Ethan Coen. Avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Tilda Swinton…
Sortie le 17 Février 2016

Dans un grand studio hollywoodien des années 50, Eddie Mannix est « fixer », ce qui semble être à la fois un poste de directeur et d’homme à tout faire. Seul maître à bord après le propriétaire, qui est à New York, il a un pouvoir décisionnaire quasi illimité, et doit s’en servir pour résoudre tous les problèmes pouvant affecter les plannings de tournage, les dépassements de budgets, les paparazzis et les scandales. Tous les moyens sont bons pour y parvenir, mais Eddie manque de sommeil, de temps avec ses enfants et de tranquillité de conscience.

Il fut une époque où le cinéma américain de studio était une usine qui fonctionnait aux trois huit pour fournir à tous les cinémas du pays chaque semaine un western, une comédie musicale, une comédie pas musicale, un film de guerre, un péplum, un mélo, une adaptation de classique…
Et de temps à autres mettait un peu de budget pour produire des chefs d’œuvres.
L’ensemble des travailleurs, de l’acteur star au livreur de sandwiches, étaient sous contrat, salariés des grands producteurs qui étaient les nababs et dieux de ce système.

Cette époque est essentiellement révolue mais tous ses aspects négatifs n’ont pas coulé avec l’eau sous les ponts, et tous les aspects positifs de l’âge d’or n’ont pas été remplacés par du mieux.

Ave, César ! est un hommage à cette époque (ils font ça bien, les Coen) qui fait des clins d’yeux à la nôtre, moqueur et affectueux mais qui s’est donné les moyens de réussir une belle reconstitution, qui fait que sur la forme on en prend plein la figure, et le fond, même si on n’est pas sur le film le plus philosophiquement intéressant de 2016, est loin d’être creux.

Ave 1

Ça commence comme ça :
C’est l’histoire d’un prêtre, un imam, un pasteur et un rabbin qui rentrent dans un studio.
On leur demande de valider le scénario d’un péplum, Ave, César !, sur Jésus et les débuts du christianisme, dont le rôle principal, celui d’un général romain, sera tenu par la star du moment, Baird Whitlock.

Eddie Mannix reclasse un cowboy sur le tournage d’une comédie de mœurs très urbaine et bavarde, joue au chat et à la souris avec deux sœurs ennemies qui se tirent la bourre pour publier les meilleurs potins, se transforme en agence matrimoniale entre la vedette qui joue les sirènes à l’écran et harangue telle une poissonnière hors caméra, et le réalisateur européen occupé à faire faire des claquettes à une troupe de marins en permission.

C’est alors qu’il reçoit une demande de rançon : une mystérieuse organisation a kidnappé Baird Whitlock ! Le tournage d’Ave, César ! est compromis.

Ave 2

Contrairement à ce que la bande annonce laissait supposer, tout le studio ne se mobilise pas autour d’Eddie pour sauver Baird, et par conséquent le tout manque d’unité. On n’est quand même pas dans un film à sketches, mais il y a un peu de ça.

Chacun est occupé avec ses petits problèmes, et Eddie doit tout porter sur ses épaules. A l’exception de Hobie Doyle, ce brave garçon plein de bonne volonté, il est seul face au groupuscule aux idées communiste (damned, quelle horreur !) qui essaie d’embrigader le riche, privilégié et niais Baird Whitlock dans leurs idées de partage et de solidarité, qu’il est prompt et enthousiaste à intégrer, lui qui n’arrive pas à retenir l’intégralité de son texte, surtout le speech final sur l’abolition de l’esclavage, la justice et l’égalité.

Dans la reconstitution de cette production de foufous, rappel très clair à Quo Vadis (où vas-tu ?) et à La Tunique (Y étais-tu ?), George Clooney ramène à la vie Richard Burton et Robert Taylor, deux en un, et joue une tête-à-claques fantastique.

Ave 3

Alden Ehrenreich, (j’espère le revoir aussi souvent que possible, même si ça va m’enquiquiner d’écrire son nom à chaque fois), est parfait de bout en bout dans un rôle drôle et tendre, il chante en jouant de la guitare sous la lune et c’est beau. Il sauve la situation et c’est beau. Il accompagne à une première une actrice mexicaine qui fait, je suppose, le quota exotique du studio et s’en fait une pote et c’est beau. Il rame tout ce qu’il peut à prononcer sans son accent de péquenot un texte très cérébral, nous refait le numéro de l’orthophoniste de Jean Hagen dans Chantons sous la pluie, est navré envers tous ses snobs de collègues, finit par s’adapter de la meilleure des façons et mettre sa marave à toute l’histoire du drame psycho-intello, et c’est beau. Il est bon, ce petit gars, très bon.

Channing Tatum est meilleur danseur que ne le laisse supposer sa (pourtant chouette mais un peu faible) scène de claquettes, mais sa scène de sortie est sensationnelle. Scarlett Johansson confirme son talent comique dans un rôle qui n’est que décoratif, et Tilda Swinton parvient à réellement différencier ses deux personnages au-delà de leurs couleurs de cheveux.

Le reste du casting, jusqu’à Josh Brolin qui tient pourtant le film, est nettement moins flamboyant, et c’est dommage pour eux car vraiment, ce film vaut moins pour son ramage que pour son plumage. Mais même si ce n’est pas tout à fait le fendage de poire auquel je m’attendais, c’est quand même un bel effort, plein de nostalgie et de références, et qui fait passer plus qu’un bon moment.

Ils nous détestent et nous craignent toujours. C’est seulement difficile à voir parce que maintenant ils sont polis.

X-men affiche
X-Men: Apocalypse
De Bryan Singer. Avec James McAvoy; Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Oscar Isaac…
Sortie le 18 Mai 2016

1983. 10 ans après les événements de Days of Future Past, le monde sait que les mutants existent, et le monde a peur. Les mutants se font discrets, certains rongeant leur frein en attendant la liberté, d’autres espérant les jours meilleurs où tous les humains vivront dans la paix et la tolérance mutuelle.
Au Caire, alors qu’elle enquête sur une secte antique, Moïra McTaggert réveille accidentellement un mutant immortel et surpuissant qui comatait en sous-sol depuis trois millénaires. Prenant acte de ce qu’est devenu notre monde moderne, Apocalypse réunit autour de lui ses quatre cavaliers et se lance dans une opération de purification du monde, en vue d’en éliminer les faibles et d’en offrir enfin le contrôle aux mutants.

Pour le peu que je vais au ciné en ce moment, j’attendais avec pas mal d’impatience ce nouveau X-Men. Et bien je m’y suis un peu ennuyée.
On y est prévenu que le troisième film d’une trilogie est toujours le moins bon (hahaha !) mais c’est quand même décevant.
Je crois qu’il faut dire ce qui est, je suis en bien mauvaise posture quand même un film de la franchise X-Men avec Michael Fassbender, James McAvoy et Oscar Isaac dedans ne parvient pas à m’enthousiasmer. J’ai peur de ne pas être en mesure d’apprécier quoi que ce soit à ce stade, c’est un symptôme qui ne ment pas.

Outre que Days of Future Past ne m’a finalement pas laissé de souvenir impérissable (alors que je me souviens que je l’avais trouvé emballant malgré quelques faiblesses), j’ai ici eu vraiment du mal à raccrocher les wagons avec le grand arc de cette histoire, qu’il s’agisse de la chronologie des événements qui ne tient plus la route depuis belle lurette, ou juste de la question de fond de l’intégration des mutants dans une société qui regarde systématiquement de travers ses minorités, fussent-elles prodigieuses. Ici, je n’ai pas bien compris le sujet, et je n’ai pas réussi à passer outre. Et ça me parait de plus en plus curieux, sachant que c’est toujours Bryan Singer qui est aux commandes, soit le même réalisateur depuis le début de la saga, et je m’attendrais à un meilleur suivi, plus de cohérence.

Je résume ce que je crois avoir compris :
Ce qui dérange Apocalypse, dans notre monde moderne, c’est apparemment qu’on ait abandonné l’obscurantisme et l’absolutisme, et qu’on soit passé à plus d’autodétermination et de gouvernement des peuples par les peuples, avec des institutions et des organisations comme piliers. Plus de loi de la jungle primaire pour éliminer les boulets. Bref, tout ce droit-de-l’hommisme et cette compassion nous gangrènent. Donc il commence par virer tout l’arsenal nucléaire du monde (moi j’aurais tendance à lui donner des points pour ça, du coup) avant de tout détruire, mais grain par grain, à la main.
Mouais, comment dire… Faut-il voir dans ce film une critique de l’Amérique ? Ou du monde en général ? Parce que dans le genre capilotractage décalé, ça se pose un peu là.

Et où est l’enjeu, réellement ? Apocalypse, tout déifié et surpuissant (et gros et bleu) qu’il soit, n’est finalement pas un méchant si impressionnant, dans la mesure où il s’entoure d’une belle bande de fantoches inutiles et sous-utilisés : Angel, qui n’a d’autre but que de bien montrer par son look qu’on est dans les années 80. (Et c’est raccord, si on me disait « Allemagne, 1983 », j’aurais exactement cette image en tête aussi. Sans les ailes.) ; Psylocke, qui n’a d’autre but que de bien montrer par son look qu’elle est le quota pétasse qui parle peu, s’habille peu, n’a ni histoire ni intention (et tous ces plans en contre-plongée sur elle sont d’une mocheté ahurissante !). Tornade, qui ne fait rien de pertinent durant tout le film.
Et dans la mesure, surtout, où on sait d’avance qu’il sera vaincu à la fin quoi qu’il arrive.
Parce que bon, on sait tous que le monde n’a pas été détruit en 1983.
(Spoiler, le passage d’Apocalypse n’aura même aucune conséquence visible. Le sacrifice côté gentils est minime.)
(Spoiler again, on peut même deviner comment il sera vaincu puisqu’on sait depuis 10 ans qui est le vrai mutant le plus puissant de l’univers et de tous les temps, et justement, ce personnage est de la partie, wéééé !)

X-men 3

Vingt ans après leurs premières aventures, Charles se languit toujours de Moïra qui ne se souvient plus de lui, Hank se languit toujours de Raven qui se culpabilise beaucoup pour tous les morts des épisodes précédents et se languit toujours d’Eric qui se languit d’une possible rédemption qui lui échappe parce qu’il a hyper la guigne, et aussi parce qu’il s’obstine à aller chercher cette rédemption dans des endroits bien reculés où les pécores du coin vont fatalement finir par se retourner contre lui avec des fourches et des torches, au lieu de raisonnablement rester avec les copains qui le connaissent, le comprennent et l’acceptent. Toujours sur le chemin de la vengeance, il ne semble plus motivé par la colère, mais juste par la tragédie et la lassitude. Et c’est d’un ennui ! Il est devenu vaguement faiblard, pleurnichard et un peu creux, un comble quand on est joué par Fassie, qui doit être charismatique même en dormant, mais qui là est au service, au mieux, d’une thématique redondante et qui perd en intensité.

Charles reprend quelque peu le devant de la scène, par contraste, tant mieux pour James McAvoy, mais malgré tout il y a encore beaucoup trop de personnages pour que ce soit significatif. Même pas une vraie scène de retrouvailles avec Moïra, « qui n’a pas pris une ride en vingt ans », comme tout le monde d’ailleurs (même les non-mutants ont trouvé la fontaine de jouvence apparemment). Charles Xavier est un moine, condamné à faire ceinture pour les siècles des siècles.

Wolverine n’est là que pour le fan service, histoire que Hugh Jackman puisse faire un petit coucou et n’être absent d’aucun film, même quand sa présence n’est pas vraiment requise.
Il reste bien Jen Lawrence, qui n’a pas encore l’air aussi blasée du rôle de Raven qu’elle ne l’était, à ce stade, de celui de Katniss. Peut-être qu’il y a un peu plus de matière ? Je n’en jurerais pas.

X-men 1

Pour aller vite, peut-on juste admettre que Quicksilver est le plus cool des mutants ?
Autrefois si on m’avait demandé quel pouvoir j’aimerais avoir, j’aurais sûrement dit la télépathie. Mais en vieillissant, je me suis rendu compte qu’en fait, savoir ce que les gens ont dans la tête, c’est pourri. Et intrusif. Et que par contre, les journées ne sont jamais assez longues pour faire tout ce qu’on a à faire, donc le pouvoir de Quicksilver, ce serait génial, je prends, merci. Donc oui, il est cool.
Mais lui faire refaire, juste à plus grande échelle, la même scène qu’il avait faite dans le film précédent, bah… c’est moins drôle la deuxième fois, quoi.

Et il y a les nouveaux, les petits jeunes, Jean, Scott, Kurt, ceux qui sont incertains et qui jouent si bien l’incertitude, ceux qui ne maîtrisent pas leurs pouvoirs (ce qui est très utile pour boucher tous les trous du scénario), et on leur laisse beaucoup de place parce qu’ils sont l’avenir et que manifestement ils vont faire le lien avec les premiers films et boucler la boucle.

X-men 2

Pas de panique, il restera une dernière chance, au moins, à tout ce petit monde de revenir pour faire mieux, puisque l’increvable Colonel Stryker n’a toujours pas dit son dernier mot, et qu’il reste une décennie de notre histoire récente encore vierge de catastrophe d’origine mutante.

Vous y croyez, vous ?

Bon, les loulous, qui que vous soyez qui vous êtes perdus sur cette page, je vais aujourd’hui faire quelque chose que je n’ai jamais fait, et que je ne pense pas refaire souvent à l’avenir : soutenir un projet de crowd-funding.

La Tronche en Biais est une chaine YouTube que je suis depuis à peu près autant qu’elle existe, et dont le but est de vulgariser quelques notions sur les sciences cognitives, l’esprit critique et la méthode scientifique.

Du début, de façon sympa et marrante, ils m’ont expliqué que mon cerveau vivait sa vie sans tenir ma conscience au courant de tout, et qu’il y avait de bonnes raisons à ça ; et que quand on se fait avoir, quand on est persuadé d’avoir raison alors qu’on a tort, il ne faut pas toujours en chercher les causes à l’extérieur.
Même si des fois, si.

Et comme j’ai trouvé ça sympa, marrant et très intéressant, je suis restée et j’ai tout regardé.
J’encourage tous les exaspérés du dogmatisme, navrés des théories du complot, fâchés avec les pseudo-sciences et indignés de la langue de bois (ça y est, tout le dictionnaire des synonymes y est passé) et plus généralement ceux qui sont intéressés par une formation élémentaire à l’auto-défense intellectuelle à aller voir ce qu’ils font.

Comme l’immense majorité des youtubeurs, ils font ça sur leur temps libre et leurs deniers propres (pour l’essentiel, du moins j’imagine) et ne vivent pas de cette activité ; et donc jusque là je leur ai fait bénéficier de ma reconnaissance et mon soutien moral, entièrement sincères même si rarement exprimés, encore moins matérialisés.

Mais ils viennent de se lancer un défi de plus grande envergure : réaliser un documentaire sur la construction et la propagation d’idées et discours faux mais néanmoins séduisants, même auprès d’un public normalement intelligent et éduqué.

J’ai personnellement mis la main à la poche, et je fais partie des contributeurs qui à ce jour ont fait monter la cagnotte à 82% de son objectif, en une semaine.

Alors, d’une part, j’ai plutôt confiance en eux et le réseau qu’ils ont déjà constitué pour parvenir sans problème à 100% et au-delà ; et je doute que mon réseau quasi inexistant puisse y ajouter grand-chose.

D’autre part, je ne fais pas partie de l’entreprise, je ne les connais pas personnellement, et je n’ai aucune légitimité à encourager qui que ce soit à contribuer à quelque projet que ce soit.

Même, une petite partie de moi a pensé pendant quelques minutes que s’ils voulaient faire la démonstration de notre crédulité collective et notre manie à nous attacher à des gourous, même si le discours de ces gourous est de nous dire qu’il faut nous débarrasser des gourous, bah ils ne s’y prendraient pas autrement.

Et même plus, une encore plus petite partie de moi s’est même dit que si ça se trouve, cette chaîne Youtube était depuis le début un vaste plan pour se faire des sous sur le dos de nous autres, gros bêtas.

Mais je crois que non. Et vous savez quoi ? Parfois, en l’absence de certitudes, il faut avoir la foi.
Eh oui.

Comme je l’ai écrit plus haut, ça m’étonnerait fort que j’aie la moindre influence. Mais ça ne mange pas de pain : ça me fait plaisir de penser que peut-être, et je ne saurai jamais si non.

Et donc, si le cœur vous en dit, si l’initiative vous intéresse, si vous avez 5€ superflus (ou plus), ça se passe ici.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, et je ne le ferai plus, promis.

Quand, malheur, les malheurs tombent…

malheurs affiche
Les Malheurs de Sophie
De Christophe Honoré. Avec Caroline Grant, Anaïs Demoustier, Muriel Robin, Golshifteh Farahani…
Sortie le 20 Avril 2016

Dans un château à la campagne, la petite Sophie de Réan est curieuse, aventureuse, et commet bêtise sur bêtise, sous la désapprobation de son cousin Paul et de ses amies Camille et Madeleine, plus sages et obéissants et qu’elle peine à imiter.

A partir de 6 ans, dit la notice.
Et pas plus de 11 ans, devrait-elle ajouter.

J’ai beaucoup lu la Comtesse de Ségur dans mes jeunes années. Ça m’a même beaucoup influencée à une époque. Il y avait toujours une Camille dans ses histoires. Camille c’était l’enfant parfaite. L’équivalent français et aristo de Beth March. Je voulais être Camille quand je serais grande. Camille la douce, patiente, généreuse, altruiste, tranquille, sage.
Big fail, évidemment.

Et j’aimais bien les Malheurs de Sophie. Ça ne vaut pas Quel amour d’enfant à mon avis, mais dans le genre je-me-suis-fait-punir-par-mes-parents-pour-une-ânerie-et-je-l’ai-mauvaise, Sophie aidait à relativiser.
Il est intéressant de noter que, dans la trilogie de Fleurville, les Malheurs de Sophie est en fait le tome dans lequel Sophie est la moins malheureuse. Ce sont de bien petits malheurs que les siens.

malheurs 2

Au début des années 90, juste après qu’on ait acheté notre premier magnétoscope, est passé sur M6 l’adaptation de Jean-Claude Brialy. Qu’on a enregistrée. Et vue, revue et re-revue jusqu’à épuisement de la bande. Sans doute introuvable aujourd’hui. C’était très fidèle au livre, et en même temps les enfants avaient bien 6 ou 7 ans, ce qui rendait beaucoup plus crédible de les entendre dire de façon très construite et intelligible « ma bonne, pourriez-vous me donner du thé, du sucre et du lait pour goûter avec mes amies ? » et de voir Sophie punie pour des bêtises qui reflétaient manifestement des défauts dont il était urgent de la corriger.

La version de Christophe Honoré remet des enfants tout jeunes au centre de son histoire, et se met (et nous avec) à leur niveau pour l’essentiel. Et c’est à la fois la force et la faiblesse de son film.

Déjà parce que je ne sais pas à quelle vitesse grandissaient les enfants il y a 150 ans, ou si on les dressait mieux dans la haute société, mais si je compare ce qui est décrit dans le livre avec ce que je vois autour de moi, ça ne colle pas. Et ici, l’âge des personnages est respecté, et quelque part je trouve ça dérangeant.

Bien sûr il y a la pauvre poupée de cire, dont on dit gentiment à Sophie qu’elle fondra si elle est exposée à la chaleur, et Sophie répond « maiiiis non » et la laisse au soleil et la plonge dans l’eau bouillante, et bien sûr la poupée fond et il ne reste plus qu’à dire « je te l’avais bien dit ».
Mais pour le reste, j’ai surtout eu l’impression d’une petite fille gâtée pourrie par un père absent et laissée à elle-même par une mère neurasthénique, et qu’on punit (pas très durement) pour des bêtises qu’on ne lui avait pas expliqué par avance qu’elles étaient des bêtises. Comme de ne pas prendre ce qui lui plait quand ça ne lui appartient pas, ou ne pas torturer les animaux. A quatre ou cinq ans, on ne peut quand même pas tout deviner.

Ça c’est pour la première partie.

malheurs 1

Pour la seconde, où Sophie est beaucoup moins gâtée pourrie et réellement à plaindre, alors qu’elle est aux mains de sa marâtre (qui a dû avoir elle-même bien des malheurs dans son enfance et une éducation déficiente pour appliquer de telles méthodes), on est supposés croire qu’en une année, ce grand bébé est devenue une warrior au mental d’acier ? C’est une forte tête par nature, mais quand même !

Pour ce qui est des choix de mise en scène, j’avoue que j’ai de grosses réserves sur la rupture du quatrième mur : c’est un peu comme les voix off, je n’aime pas ça, et il faut que ce soit vraiment très bien fait pour que ça passe. Et là, en ce qui me concerne, ça ne passe pas.

Autant, quand il s’agit de leur faire jouer leur rôle, avec des dialogues écrits, tous ces gamins par ailleurs très mignons sont mauvais comme des cochons, et c’est un peu exaspérant.
Autant, il a dû y avoir des moments où ils ont simplement été filmés en train de faire ce qu’ils voulaient, et là c’est tout de suite beaucoup plus crédible, beaucoup plus agréable à regarder ; mais alors ils balancent des trucs comme « oups ! » ou « c’est nul ! » et on n’est plus du tout dans le contexte.

Et il y a toujours ce léger souci que j’ai quand on prend de très jeunes enfants et qu’on leur fait jouer des choses très tragiques et qu’il faut les faire brailler, et là ça blanchit de peur et ça braille de façon très crédible, et ça me trouble justement parce que par ailleurs ils ne sont pas si bons acteurs que ça, et j’en viens à me demander encore ce qu’on fait à ces gosses pour en tirer des pleurs si authentiques.

Mais au moins, les animaux n’ont pas été torturés sur ce tournage, puisqu’ils ont été remplacés par des dessins animés. Peut-être parce que ça coûte moins cher que de dresser des vrais, sans doute pour nous faire entrer un peu plus dans l’univers imaginaire des enfants.
L’écureuil m’a un peu dérangée au début, mais les hérissons m’ont à peu près convaincue.

malheurs 3

Mais en tout cas, à part le récital du père Huc, et la petite Marguerite qui est troooop meugnonne, quasi rien ne m’a fait rire.
C’est, tout bien considéré, une histoire assez brutale et cruelle dans l’ensemble que celle qui nous est racontée ici, qui se joue dans de beaux décors et dans de beaux costumes, d’enfants qui expérimentent à coups de bêtises, de baffes, de fugues et d’accidents, et d’adultes presque tous déficients autour d’eux.
A part la merveilleuse Madame de Fleurville, jouée par la merveilleuse Anaïs Demoustier qui aurait aussi fait une très bonne Madame Fichini et une encore meilleure Madame de Réan puisqu’elle est de toute façon toujours très bien.

Muriel Robin est convaincante, vraiment, dans ce rôle qui doit apparaître comme une effrayante sorcière aux petits mais qui n’est finalement pas du tout horrible à mes yeux d’adulte.
Et Golshifteh Farahani est très belle, très talentueuse, parfaite dans ce rôle de créature languide, dépressive et sans colonne vertébrale, sorte de princesse idéale et délicate issue d’un conte qui ne peut que mal finir. Ce n’est pas de sa faute si je ne suis pas parvenue à adhérer au personnage tel qu’il est écrit ici, et qui N’EST PAS Madame de Réan.

Tout le casting des petites filles est une réussite : leurs fossettes, leurs grands yeux, leur jeu approximatif et leur enthousiasme sont d’une insoutenable mignonnerie, surtout en groupe et en embrassades.
Et puisque Christophe Honoré nous fait le plaisir d’embaucher des mannequins pour s’occuper d’ouvrir les portes, que demander de plus ?