Dans les zones de conflit, les batailles se passent sur le corps des femmes

L'homme qui répare les femmes affiche
L’homme qui répare les femmes
De Thierry Michel
Sortie le 17 Février 2016

Le Sud Kivu est une région de République Démocratique du Congo frontalière du Rwanda et du Burundi, théâtre depuis plus de 20 ans de conflits armées entre guérillas ethniques et factions mafieuses qui réduisent les populations locales en esclavage pour exploiter les ressources minières très importantes, poussent des villages entiers à l’exil, tuent, pillent, et violent et mutilent les femmes de façon systématique, non pour assouvir un quelconque désir sexuel, mais pour briser ces femmes, leurs familles et leurs communautés.
Le Docteur Denis Mukwege est gynécologue, et exerce à l’hôpital de Panzi à Bukavu. Devenu spécialiste de la chirurgie réparatrice suite aux viols, il s’est aussi engagé pour la reconstruction psychologique de ses patientes, leur réintégration dans une société traditionaliste qui a tendance à les culpabiliser et les rejeter, la reconnaissance judiciaire de ce qu’elles ont subi et l’intervention de la communauté internationale pour mettre fin à ces crimes de guerre.

D’un strict point de vue cinématographique, je n’ai pas grand-chose à dire de ce film d’une facture très classique, qui doit pécher un peu dans sa construction car il m’a paru plus long qu’il n’était réellement (et pourtant il n’est en rien redondant), et qui ne s’embarrasse pas de fioritures pour mettre en avant un propos qui se suffit à lui-même.

Il faut dire que sur le fond, on en prend tellement plein la gueule qu’il valait mieux ne pas en rajouter.

L'homme qui répare les femmes 2

Malheureusement, toujours sur le métier il faut remettre l’ouvrage, aussi déconcertant que ce soit pour le commun des naïfs qui croyaient sincèrement que l’ouvrage était terminé et étaient prêts à passer à autre chose.

Au-delà du fait que je pourrai maintenant situer à peu près le Sud Kivu sur une carte, je n’ai pu une fois de plus que m’affliger de la situation de populations d’une pauvreté abjecte qui vivent sur un sol d’une richesse faramineuse, dans un pays magnifiquement beau dont on ne peut pas apprécier les charmes tant les fléaux pouvant débarquer à tout moment de derrière les collines sont imprévisibles; et être très impressionnée de la force de ces gens capables de se relever et de continuer à avancer, cataclysme après cataclysme, de ces femmes qui transforment leur douleur en activisme et en moteur de progrès.

Ne nous épargnant pas grand-chose de la façon de détruire un vagin avec une baïonnette, un bout de bois ou tout ce qu’on a sous la main, L’homme qui répare les femmes est sans doute beaucoup plus informatif que ne l’admet notre zone de confort. Les témoignages sont incroyablement directs, ce qui est évidemment une bonne chose mais exige qu’on se blinde un peu et qu’on serre les dents.

Mais il est indispensable, et il a le mérite d’être optimiste malgré tout, et ce n’est pas facile, en mettant en avant Mukwege, reconnu par des organisations humanitaires de par le monde et forcé de vivre en prisonnier dans son hôpital sous protection de casques bleus pour éviter de se faire trucider par tous ceux qui n’aiment pas qu’on l’ouvre, et ses patientes qui le considèrent comme un second père qui leur rend la vie, qu’il inspire à prendre leur avenir et celui de leur pays en main.

L'homme qui répare les femmes 1

Il faut le vouloir, pour trouver de l’espoir dans ce tonneau des Danaïdes qu’est sa mission.

Les cessez-le-feu n’ont pas mis de frein aux exactions dont les femmes et les enfants sont toujours les cibles faciles et privilégiées. Et les crimes passés restant impunis, amnistiés au nom de l’intérêt général, la place des femmes peine à évoluer, ainsi que leur légitimité à demander réparation.

Mais il est possible de faire prendre conscience à des victimes qu’elles ne sont pas coupables. Il est possible de faire comprendre à des pères, frères et maris que la protection et la justice pour leurs femmes n’est pas secondaire et signifie en fin de compte la protection et la justice pour tous.
Et il est possible aussi d’amener des gens à l’autre bout du monde à s’interroger sur des habitudes de consommation qui perpétuent ces situations toxiques (comme nos téléphones qui contiennent des minerais parfois extraits par des enfants et qui financent les seigneurs de guerre, par exemple).

Juste un film, bien sûr, qui ne changera pas la situation de la RDC, mais qui marquera sûrement plus qu’un reportage au journal télévisé. Un film qui compte.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s