Quand, malheur, les malheurs tombent…

malheurs affiche
Les Malheurs de Sophie
De Christophe Honoré. Avec Caroline Grant, Anaïs Demoustier, Muriel Robin, Golshifteh Farahani…
Sortie le 20 Avril 2016

Dans un château à la campagne, la petite Sophie de Réan est curieuse, aventureuse, et commet bêtise sur bêtise, sous la désapprobation de son cousin Paul et de ses amies Camille et Madeleine, plus sages et obéissants et qu’elle peine à imiter.

A partir de 6 ans, dit la notice.
Et pas plus de 11 ans, devrait-elle ajouter.

J’ai beaucoup lu la Comtesse de Ségur dans mes jeunes années. Ça m’a même beaucoup influencée à une époque. Il y avait toujours une Camille dans ses histoires. Camille c’était l’enfant parfaite. L’équivalent français et aristo de Beth March. Je voulais être Camille quand je serais grande. Camille la douce, patiente, généreuse, altruiste, tranquille, sage.
Big fail, évidemment.

Et j’aimais bien les Malheurs de Sophie. Ça ne vaut pas Quel amour d’enfant à mon avis, mais dans le genre je-me-suis-fait-punir-par-mes-parents-pour-une-ânerie-et-je-l’ai-mauvaise, Sophie aidait à relativiser.
Il est intéressant de noter que, dans la trilogie de Fleurville, les Malheurs de Sophie est en fait le tome dans lequel Sophie est la moins malheureuse. Ce sont de bien petits malheurs que les siens.

malheurs 2

Au début des années 90, juste après qu’on ait acheté notre premier magnétoscope, est passé sur M6 l’adaptation de Jean-Claude Brialy. Qu’on a enregistrée. Et vue, revue et re-revue jusqu’à épuisement de la bande. Sans doute introuvable aujourd’hui. C’était très fidèle au livre, et en même temps les enfants avaient bien 6 ou 7 ans, ce qui rendait beaucoup plus crédible de les entendre dire de façon très construite et intelligible « ma bonne, pourriez-vous me donner du thé, du sucre et du lait pour goûter avec mes amies ? » et de voir Sophie punie pour des bêtises qui reflétaient manifestement des défauts dont il était urgent de la corriger.

La version de Christophe Honoré remet des enfants tout jeunes au centre de son histoire, et se met (et nous avec) à leur niveau pour l’essentiel. Et c’est à la fois la force et la faiblesse de son film.

Déjà parce que je ne sais pas à quelle vitesse grandissaient les enfants il y a 150 ans, ou si on les dressait mieux dans la haute société, mais si je compare ce qui est décrit dans le livre avec ce que je vois autour de moi, ça ne colle pas. Et ici, l’âge des personnages est respecté, et quelque part je trouve ça dérangeant.

Bien sûr il y a la pauvre poupée de cire, dont on dit gentiment à Sophie qu’elle fondra si elle est exposée à la chaleur, et Sophie répond « maiiiis non » et la laisse au soleil et la plonge dans l’eau bouillante, et bien sûr la poupée fond et il ne reste plus qu’à dire « je te l’avais bien dit ».
Mais pour le reste, j’ai surtout eu l’impression d’une petite fille gâtée pourrie par un père absent et laissée à elle-même par une mère neurasthénique, et qu’on punit (pas très durement) pour des bêtises qu’on ne lui avait pas expliqué par avance qu’elles étaient des bêtises. Comme de ne pas prendre ce qui lui plait quand ça ne lui appartient pas, ou ne pas torturer les animaux. A quatre ou cinq ans, on ne peut quand même pas tout deviner.

Ça c’est pour la première partie.

malheurs 1

Pour la seconde, où Sophie est beaucoup moins gâtée pourrie et réellement à plaindre, alors qu’elle est aux mains de sa marâtre (qui a dû avoir elle-même bien des malheurs dans son enfance et une éducation déficiente pour appliquer de telles méthodes), on est supposés croire qu’en une année, ce grand bébé est devenue une warrior au mental d’acier ? C’est une forte tête par nature, mais quand même !

Pour ce qui est des choix de mise en scène, j’avoue que j’ai de grosses réserves sur la rupture du quatrième mur : c’est un peu comme les voix off, je n’aime pas ça, et il faut que ce soit vraiment très bien fait pour que ça passe. Et là, en ce qui me concerne, ça ne passe pas.

Autant, quand il s’agit de leur faire jouer leur rôle, avec des dialogues écrits, tous ces gamins par ailleurs très mignons sont mauvais comme des cochons, et c’est un peu exaspérant.
Autant, il a dû y avoir des moments où ils ont simplement été filmés en train de faire ce qu’ils voulaient, et là c’est tout de suite beaucoup plus crédible, beaucoup plus agréable à regarder ; mais alors ils balancent des trucs comme « oups ! » ou « c’est nul ! » et on n’est plus du tout dans le contexte.

Et il y a toujours ce léger souci que j’ai quand on prend de très jeunes enfants et qu’on leur fait jouer des choses très tragiques et qu’il faut les faire brailler, et là ça blanchit de peur et ça braille de façon très crédible, et ça me trouble justement parce que par ailleurs ils ne sont pas si bons acteurs que ça, et j’en viens à me demander encore ce qu’on fait à ces gosses pour en tirer des pleurs si authentiques.

Mais au moins, les animaux n’ont pas été torturés sur ce tournage, puisqu’ils ont été remplacés par des dessins animés. Peut-être parce que ça coûte moins cher que de dresser des vrais, sans doute pour nous faire entrer un peu plus dans l’univers imaginaire des enfants.
L’écureuil m’a un peu dérangée au début, mais les hérissons m’ont à peu près convaincue.

malheurs 3

Mais en tout cas, à part le récital du père Huc, et la petite Marguerite qui est troooop meugnonne, quasi rien ne m’a fait rire.
C’est, tout bien considéré, une histoire assez brutale et cruelle dans l’ensemble que celle qui nous est racontée ici, qui se joue dans de beaux décors et dans de beaux costumes, d’enfants qui expérimentent à coups de bêtises, de baffes, de fugues et d’accidents, et d’adultes presque tous déficients autour d’eux.
A part la merveilleuse Madame de Fleurville, jouée par la merveilleuse Anaïs Demoustier qui aurait aussi fait une très bonne Madame Fichini et une encore meilleure Madame de Réan puisqu’elle est de toute façon toujours très bien.

Muriel Robin est convaincante, vraiment, dans ce rôle qui doit apparaître comme une effrayante sorcière aux petits mais qui n’est finalement pas du tout horrible à mes yeux d’adulte.
Et Golshifteh Farahani est très belle, très talentueuse, parfaite dans ce rôle de créature languide, dépressive et sans colonne vertébrale, sorte de princesse idéale et délicate issue d’un conte qui ne peut que mal finir. Ce n’est pas de sa faute si je ne suis pas parvenue à adhérer au personnage tel qu’il est écrit ici, et qui N’EST PAS Madame de Réan.

Tout le casting des petites filles est une réussite : leurs fossettes, leurs grands yeux, leur jeu approximatif et leur enthousiasme sont d’une insoutenable mignonnerie, surtout en groupe et en embrassades.
Et puisque Christophe Honoré nous fait le plaisir d’embaucher des mannequins pour s’occuper d’ouvrir les portes, que demander de plus ?

4 réflexions sur “Quand, malheur, les malheurs tombent…

  1. Oh oui qu’il embauche et réembauche des mannequins et surtout CE MANNEQUIN qu’il fait sourire alors que je n’arrivais pas à imaginer qu’il puisse sourire quand on voit ses photos.

    Je ne crois pas avoir ri non plus, et j’ai aussi trouvé qu’ils jouaient parfois comme des ratons laveurs (sauf Marguerite !) les moutards mais après avoir vu le Livre de la Jungle, je leur accorderai presque la mention Actor’s studio.

    J’ai beaucoup moins en tête les livres… Plus en tête du tout mis à part le fait que je m’en étais gavée étant petite donc je ne sais plus du tout à quoi ressemblait la maman. Quant au papa, je ne trouve pas qu’il gâte pourrit sa fille… il se donne bonne conscience en laissant un mot pas signé et un canif !!! cadeau ultime pour une gamine de 5 ans (quel con !). Il n’en a strictement ranabattre de la mouflette comme de son indolente épouse.

    Et moi aussi ça me met dans un drôle d’état quand je vois les enfants si petits pleurer à l’écran !

    Et oui, ç’aurait été audacieux de faire jouer la Fichini par Anaïs avec son visage d’ange !
    Mais Muriel m’a régalée.

    Bref, j’ai passé un excellent moment à partir du moment où j’ai accepté sans plus broncher que c’était imparfait.

    Et Michel Fau m’a fait mourir de rire.

    • Qu’il embauche et ré-embauche… Ouais, ou alors que d’autres réalisateurs embauchent ce jeune homme, parce que je ne vais pas me re-précipiter chez Honoré tout de suite.
      Et le papa de Sophie, bah oui, il est ailleurs, il n’en a ranabattre et il se donne bonne conscience en lui donnant des cadeaux hors de prix dont elle ne prendra pas soin puisqu’elle a 4 ans et qu’elle sait que quand elle aura tout cassé elle s’en fera simplement offrir d’autres, c’est ce que j’appelle gâter-pourrir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s