« Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien. » E. Burke

Walkyrie
(Titre original : Valkyrie)
De Bryan Singer. Avec Tom Cruise, Bill Nighy, Carice Van Houten, Kenneth Brannagh…
Sortie le 28 Janvier 2009

S’il a toujours été un fidèle serviteur de son pays, le colonel Stauffenberg s’inquiète de voir Hitler précipiter l’Allemagne et l’Europe dans le chaos. Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l’offensive : en 1943, tandis qu’il se remet de ses blessures de guerre, il rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l’Opération Walkyrie destinée à éliminer le Führer. Alors qu’il n’était au départ qu’un des nombreux conspirateurs, Claus Von Stauffenberg se retrouve bientôt en première ligne : c’est lui qui devra assassiner Hitler…

Autant le dire tout de suite, je n’aime pas Tom Cruise. Son sourire labellisé Colgate ultrabright vingt ans d’âge me porte sur les nerfs, et je trouve plus que répréhensible sa façon d’utiliser sa notoriété pour promouvoir une organisation qui, même si elle a peut-être de bons côtés (après tout, qui suis-je pour juger, plein de gens semblent y trouver leur compte), a quand même une tendance manifeste aux dérives sectaires. Seulement voilà, ne pas aimer l’homme ne m’oblige pas à boycotter l’acteur, d’autant plus qu’il n’est pas mauvais. Dans certains de ses derniers films, il s’est même montré excellent. (Lions et agneaux, ou Collateral, pour ne citer que ceux-là). Il parait qu’à l’origine, la volonté de Tom Cruise de faire ce film vient du fait qu’il se soit découvert une ressemblance frappante avec Stauffenberg. Quant à moi, elle m’échappe totalement. Bien sûr, trouver des ressemblances entre les gens, c’est très subjectif. Je me rappelle de certains garçons au lycée qui, d’après une amie, étaient censés être des sosies de Tom Hanks et Jerry O’Connell ! Mais je soupçonne fortement que si Stauffenberg n’avait pas eu à son actif un acte héroïque, Tom Cruise ne lui aurait pas même accordé un regard.

Il n’empêche, tant mieux s’il a fait ce film, car l’opération Walkyrie mérite d’être racontée, et si possible au plus grand nombre. L’Histoire ne doit pas être réduite à ses grandes lignes. Chaque élément qui la compose, même anecdotique, a son importance. J’avais déjà vu, il y a quelques années, un téléfilm allemand sur le même sujet, avec dans le rôle titre Sebastian Koch, l’acteur désormais connu mondialement pour Black Book et La vie des autres. (A vrai dire, la raison pour laquelle je l’avais regardé était que le rôle de Von Haeften était tenu par Hardy Krüger Jr, que j’adore depuis la formidable série Contre vents et marées). J’en avais gardé le souvenir d’un complot qui visait uniquement à tuer Hitler et qui avait échoué à cause d’un problème technique. Vision simpliste d’un plan en réalité vaste et complexe qui avait pour but de prendre le contrôle de l’Allemagne par un coup d’Etat, et qui en fait a avorté non seulement parce que l’attentat a été manqué, mais aussi parce que certains des conjurés auraient manqué de courage ou de détermination, et n’ont pas su prendre à temps les bonnes décisions. S’ils avaient réussi, non seulement l’issue de la guerre aurait été différente, mais il y a fort à parier que l’Europe de la seconde moitié du XXème siècle en aurait été bouleversée.

Voilà pour le fond. Passons à la forme.

Comme son nom ne l’indique pas, avant d’être un film sur Walkyrie, Walkyrie est un film sur Stauffenberg. Un film du genre « Gloire à notre illustre héros ». Tom Cruise est donc au centre de l’action et prend tout l’espace. Au point de laisser dans l’ombre le reste du casting, qui n’est pourtant pas composé des premiers venus. Malgré cela, Tom Cruise évite la surenchère et joue la carte de la sobriété. Un héros certes, mais qui n’en fait pas des tonnes dans le sacrifice personnel et le don de soi. Un homme prêt à trahir pour mieux servir. Un homme qui préfère renoncer à sa réputation, et éventuellement à sa vie, pour sauver son honneur. Un homme qui ne soutient pas son gouvernement parce qu’il préfère soutenir son pays. En somme, un homme qui vous dirait « je n’ai fait que mon devoir » sans vous tirer des larmes.

A ses côtés, on trouve une distribution majoritairement européenne. J’ai eu plaisir à voir Von Haeften sous les traits de Jamie Parker, mon préféré parmi les History boys d’Alan Bennett, très crispé sous ses galons pendant la plus grande partie du film mais bénéficiant d’une jolie scène finale. Bill Nighy incarne un Olbricht surprenant, figure de proue du complot qui paradoxalement a tout du fonctionnaire besogneux aux épaules étroites. Pour les autres, Kenneth Brannagh, Tom Wilkinson, Terence Stamp et Thomas Kretschmann, la seule chose qu’on peut regretter c’est que leurs rôles soient trop peu développés pour des acteurs de leur calibre. Malheureusement pour Carice Van Houten, elle n’est rien de plus que l’alibi féminin de ce film d’hommes, celle qui insuffle un peu d’humanité au roc qu’est son mari.

L’intrigue, pour être linéaire, et prévisible pour quiconque ayant un minimum de culture générale, parvient pourtant à ménager des moments de tension et de suspense. Puisqu’on sait d’avance que le plan échouera, l’idée est de comprendre pourquoi ça échoue, et comment ça aurait pu marcher. Et bizarrement, pendant un moment, on se prend presque à espérer que la fin ne sera pas celle qu’on attend, qu’ils réussiront et s’en sortiront, comme si l’Histoire pouvait être réécrite.

*** Petite note perso, au cas où Simon passerait par là : j’apprécie les références, mais j’ai vraiment du mal à considérer Bernard Hill comme une guest star, et encore moins comme LA bonne surprise du film…

5 réflexions sur “« Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien. » E. Burke

  1. Bonjour à vous et salutations.
    Sans vouloir prendre parti pour ce bourreau sanglant d’Hitler, je me demande s’il ne voyait pas venir les dérives Maçonniques et Sionistes dont nous sommes accablés à notre époque.
    Si je ne prend pas parti ni pour Hitler (et ses héritiers), ni pour les « sectaires », il ne me reste qu’un seul choix qui, écrit dans le livre de l’apocalypse, est celui d’attendre que la Syrie et l’Irak soient réduits en cendre par « un feu du ciel » et « un séisme géant », avant que les gens d’esprit, descendant de leur ciel spirituel, ne se réveillent pour, avec la parole tranchante d’une « épée dans la bouche », triomphent de tous les pouvoirs politiques en place actuellement, établissant le règne des Justes.
    Ensuite, tout ce que j’affirme pourra être discuté tant qu’il ne s’est pas produit, mais je ne fais pas de prédiction ni d’interprétation foireuse. Je me contente de lire l’apocalypse, de l’analyser, de comparer les textes et l’histoire. Jusqu’à présent, cela fait des années que cela m’a assez bien réussi sur certains points.

    Cordialement
    Lumani

    • Cher Lumani,
      C’est super pour vous si vous avez l’impression d’avoir trouvé la vérité dans l’Apocalypse. Mais objectivement, je m’en bats les steaks. Moi je préfère Harry Potter.
      Je ne pense pas qu’il y ait le moindre complot maçonnique ou sioniste, nulle part, jamais.
      J’aimais bien cette citation de Burke mais je constate sans cesse que tous les tarés du monde se l’approprient pour l’interpréter exactement dans le sens inverse du mien, je ne vais donc pas me le faire tatouer sur l’omoplate.
      Sur ce, portez-vous bien, mais soyez gentil de ne pas revenir ici m’inonder de vos lumières. Je ne fais pas d’ésotérisme.

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