“Forget a statement that’s obvious, but evil has to be stood up to.”

 
Glorious 39
De Stephen Poliakoff. Avec Romola Garaï, Bill Nighy, Julie Christie, Hugh Bonneville…
2009
 

Eté 1939. Alors que le gouvernement de Grande-Bretagne fait son possible pour éviter la guerre, la fille ainée d’une famille d’aristocrates fait par hasard une découverte qui va la mener à remettre complètement en question sa vie apparemment parfaite.

 

Ces derniers temps, sans que ce soit fait exprès, j’ai vu pas mal de films «historiques». Sur l’abolition de la traite négrière, la révolte des barons anglais contre Jean sans terre, la fondation d’Israël, la 1ère guerre mondiale. En gardant bien à l’esprit que tout est œuvre de fiction, et donc pas à prendre au pied de la lettre, j’ai quand même appris deux ou trois choses. Et cette fois, c’est à la période de l’entrée en guerre du Royaume-Uni contre l’Allemagne en 1939 qu’il s’agit.

 

L’Europe plie graduellement sous les attaques d’Hitler, et le gouvernement de Grande-Bretagne, dirigé par Chamberlain, pratique une politique de négociation avec l’Allemagne, certain que la guerre serait perdue d’avance et qu’elle entrainerait à coup sûr le pays vers la ruine. L’aristocratie et les classes supérieures soutiennent cette action, soit parce qu’ils tiennent à préserver leur mode de vie paisible et ne veulent avoir à s’inquiéter de rien, soit parce qu’ils sympathisent avec l’idéologie nazie.

 

Ces mouvements pro-apaisement, s’ils étaient restés au pouvoir, auraient fini par appliquer à leur pays un régime similaire à celui de Vichy. Mais Churchill a succédé à Chamberlain. Au moment où débute Glorious 39, cependant, la guerre n’est pas encore déclarée et les infâmes comploteurs ont les mains libres pour accomplir tous les forfaits nécessaires à l’accomplissement de leur mission car, c’est bien connu, la fin justifie les moyens, surtout quand on est fanatisé.

 
  

Glorious 39 n’a pourtant rien d’une fresque historique. C’est plutôt un thriller un peu oppressant et pas mal dérangeant. Mais justement, le contexte historique s’y prête. Le drame se joue au sein d’une vieille famille du Norfolk, dont les hommes entrent en politique et les femmes s’occupent de leuirs jardins ou leurs oeuvres de charité. Le genre de haute société assez sûre de sa place dans le monde pour afficher un conservatisme tranquille qui se permet une pointe d’excentricité. Au milieu d’eux, Anne, enfant adoptée, dénote un peu avec sa carrière d’actrice. Elle est pourtant parfaitement intégrée parmi les siens, et très proche de son frère Ralph et sa soeur Célia.

 

Un matin, elle découvre dans le bureau de son père des enregistrements de réunions, cachés sur des disques de musique. Plus elle essaie de comprendre, plus les événements tragiques s’enchainent, et ses proches changent de comportement : son père la surprotège, sa tante devient exagérément autoritaire, son frère la pousse à faire des recherches sur ses parents naturels, son fiancé est injoignable, sa jeune sœur prend petit à petit sa place de maîtresse de maison, et tous semble penser qu’elle souffre de paranoïa. Jusqu’au point où elle ne sait plus en qui avoir confiance.

 

Il ne s’agit pas d’un thriller au sens moderne de terme, où tout va très vite et où les personnages risquent à chaque instant de se faire canarder par quelque barbouze caché dans un coin sombre. C’est un piège qui se referme lentement sur une jeune femme qui se voit offrir une porte de sortie à chaque étape, mais qui choisit de continuer à rechercher la vérité, qui s’avèrera forcément inacceptable.

 
  

Glorious 39 souffre d’un défaut majeur qui le dessert, surtout à la fin, c’est que l’histoire est comme encadrée dans des scènes contemporaines, racontée en flashback au petit-fils de Célia par les cousins des enfants Keyes devenus des vieillards. C’est inutile, ça n’apporte rien à part une conclusion neuneu et quelques minutes de plus à un film par ailleurs suffisamment long.

 

Par contre, la narration est très réussie. Aux trois quarts du film, j’ai dû m’arrêter et faire une pause. Pas parce que je m’ennuyais, mais au contraire parce que j’étais prise dans l’histoire, au point d’être réellement, physiquement, en colère.

A cause de ces petits flics minables qui, sous prétexte de loi martiale, se voient attribuer des droits dont ils s’empressent d’abuser, pour le plaisir de se sentir puissants.

A cause des égocentriques si sûrs de leur propre importance qu’ils se fichent que le monde s’écroule autour d’eux du moment que le thé est servi à l’heure.

A cause des conspirateurs qui se prennent pour les sauveurs du monde et qui comptent leurs victimes comme des statistiques.

A cause de la pauvre Anne que tout le monde traite comme une moins que rien bonne à enfermer, juste pour la faire taire.

A cause des choses horribles qu’on peut faire faire aux gens en leur faisant peur. La scène du vétérinaire m’a achevée. Ceux qui verront comprendront.

 
 

Les décors dans lesquels les scènes du Norfolk ont été tournées sont tout à fait époustouflants. L’interprétation est tout à fait à mon goût, également. Romola Garaï se décompose graduellement, de la lumière à la folie. Je ne la trouve jamais mauvaise, de toute façon. Eddie Tremayne et Juno Temple passent brillamment de jeunes insouciants à robots dogmatiques et sectaires (cette dernière a d’ailleurs un potentiel formidable pour l’horrifique ou le trash, si ça l’intéresse), Jeremy Northam fait peur presque sans rien faire, et Bill Nighy, très sobrement, m’a donné des envies de meurtre.

 

Quant à David Tennant, qui est quand même ma raison principale d’avoir vu ce film (ça aurait pu être Romola, mais pas cette fois), il a un rôle important, celui de détonateur, mais malheureusement limité à quelques scènes, dont une déchirante où on entend seulement sa voix sur un disque.
Il est excellent, et d’autant plus appréciable qu’il est l’un des rares personnages sympathiques de l’histoire. Et je ne dévoile rien en disant ça puisque, grâce au fameux et lourdingue flashback, on sait d’entrée de jeu que tout cela sera un peu plus sombre qu’une petite promenade champêtre.
 
 
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