Extrait d’une lettre ouverte à l’exécutif départemental (93) de gauche plurielle, à propos des plans d’austérité demandés par le gouvernement aux colectivités territoriales.
Comme quoi, le cinéma, ça vous a des accents d’actualité, c’est fou.

Robin des bois
(Titre original : Robin Hood)
De Ridley Scott. Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Mark Strong, Oscar Isaac…
Sortie le 12 Mai 2010
Après une croisade et un kidnapping qui l’ont laissé démuni, le roi Richard Cœur de Lion prend le temps, sur le chemin du retour, de se refaire financièrement en pillant les châteaux français qui se trouvent sur son chemin. Philippe, le roi de France, projette de le faire tuer afin de pouvoir envahir l’Angleterre.
Après avoir assisté à la mort du roi, puis celle de son lieutenant Robert Loxley, un archer anglais du nom de Robin Longstride décide d’usurper momentanément l’identité de ce dernier afin de rentrer confortablement en Angleterre avec ses compagnons. Il s’engage néanmoins auprès de Loxley, agonisant, à aller en personne à Nottingham annoncer sa mort à son père Sir Walter, après avoir rapporté la couronne royale à Londres.
Je ne suis pas une inconditionnelle de Ridley Scott. Je ne me roule pas non plus par terre pour Russell Crowe, même si je suis toute prête à reconnaître son puissant et sauvage charisme (et que Mort ou vif reste un grand souvenir de cinéma, mais ce n’est pas le sujet). Leurs expériences communes sont plutôt des réussites pour ce que j’en ai vu, c’est-à-dire Gladiator et American Gangster, mais pas un argument suffisant en soi pour que je me déplace.
En revanche, quand il s’agit de Robin des Bois, je deviens très partiale. Robin est mon héros absolu. Il vole aux riches pour donner aux pauvres, pensez-vous, ce n’est pas génial ça ? J’aime toujours Robin des Bois, quoi qu’il arrive. J’ai vu pas mal d’adaptations, avec une affection particulière pour la version Disney (la scène où tout Nottingham est en prison et où le sheriff vient arrêter Frère Tuck dans sa chapelle me brise le cœur à chaque fois) et le dessin animé des années 90 où les héros étaient des enfants (tous les matins devant le petit déjeuner, j’étais une fan absolue, toquée, obsessionnelle et compulsive, le phénomène n’est donc pas récent, quelque part ça me rassure).
J’aime moins les séries télé qu’on a pu voir ces dernières années. Enfin, quand je dis « j’aime moins », ça ne signifie pas que je ne les ai pas suivies avec assiduité jusqu’au bout. Seulement que je me rendais parfaitement compte de leur daubesquerie (même la présence de Richard Armitage au générique de la dernière ne sauve pas les meubles, et pourtant il y avait de l’idée). Mais bien sûr, Robin des Bois, prince des voleurs est inusable, je pourrais le voir cinquante fois sans me lasser, un peu comme Dirty Dancing (qui n’a rien à voir là dedans, passons là-dessus), et il a l’avantage d’avoir un fantastique sheriff en la personne d’Alan Rickman.
Bref, la légende du noble chevalier devenu hors-la-loi par compassion envers le bon peuple qui souffre et par loyauté envers son roi trouvait en moi une fervente supportrice, d’autant que Robin et ses compagnons semblaient être de sacrés marrants, et que vivre dans les bois c’est un peu le rêve de tous les gamins.

Cela dit, en grandissant, j’ai eu moins besoin d’un héros sans peur et sans reproches qui sauve de la misère une poignée de paysans trop couards et faibles pour se rebeller, mais plus d’un meneur qui leur explique que s’il veulent une vie meilleure, ils devraient se bouger un peu, zut aussi, parce que rien ne nous tombe jamais tout cuit dans le bec ! D’autant que, historiquement, le roi Richard, le seul, l’unique, le légitime, ne valait pas mieux que son traître usurpateur de frère, le roi des abrutis (oui parce qu’on peut être roi d’Angleterre et roi des cons en même temps, sans qu’il y ait un lien entre les deux, bien sûr). Richard avait sûrement plus de stature, et assez de sens politique pour ne pas mordre la main qui le nourrissait, mais dans le fond il n’avait pas plus de considération pour l’Angleterre et les Anglais. Et puis, il n’est jamais revenu de sa croisade, en réalité. Le happy-end où Robin retrouve son titre et ses terres dans une contrée en paix et épouse Marianne n’est donc pas réellement possible.
Ridley Scott a dû penser à tout ça en ancrant l’action de son film dans un contexte beaucoup plus cohérent historiquement (enfin, grosso modo, quand même) en racontant comment Robin des Bois est né (Robin avant Des Bois, en somme) et en faisant de son héros non pas un gentilhomme qui met son honneur dans sa fidélité à la couronne, mais une sorte de bourlingueur porté par des valeurs de liberté, de démocratie et de justice sociale. Ça peut avoir l’air anachronique, dit comme ça, mais une révolte est possible en tous temps et en tous lieux : crever de faim, ça rend vaguement râleur. Le Moyen-Age n’était sans doute pas encore prêt pour la démocratie, mais ne pas bosser pour des clopinettes est une revendication intemporelle. Et puis, avec ou sans Robin, la Magna Carta date bien de cette époque-là.
Les connaisseurs seront donc surpris, au début du film, en voyant que Robin s’appelle Longstride, que Robert Loxley est une personne complètement différente, et que le roi Richard meurt si rapidement.
Le plus surprenant pour moi était que, pour aller de Limoges à Calais, les Anglais passent par le centre Bretagne. Brocéliande vaut le détour, certes, mais ça ne me semble pas être le circuit le plus judicieux, surtout si on est pressé.
Mais une fois qu’on a compris qu’on allait avoir droit à une histoire complètement différente, une constatation s’impose, c’est un très bon film. Réécrit maintes et maintes fois, mais ça en valait la peine car à part deux ou trois petites choses, (l’amnésie de Robin sur son enfance qui se résout en cinq minutes, ou l’intervention de Marianne avec la cavalerie), le script final est vraiment excellent.

Superbement réalisé, on reconnait bien la griffe de Ridley Scott (le débarquement des Français rappelait énormément Spielberg, en revanche, mais du mauvais côté de la Manche), certains plans sont juste magnifiques (les semailles au clair de lune, un vrai tableau de maître), et si on n’a pas échappé à quelques scènes de bataille tournées caméra à l’épaule en images moches à gros grain qui donnent le mal de mer, il y en a eu peu, si peu que pour cette fois je vais passer l’éponge.
Russell Crowe est aussi imposant qu’il peut l’être. On a du mal à l’imaginer en habile archer qui saute d’arbre en arbre, mais son Robin meneur de troupes est des plus convaincants. Cate Blanchett s’inscrit parfaitement dans la lignée des Marianne de moins en moins demoiselles-en-détresse et de plus en plus femmes de tête, et pour ce qui en est d’imposer, elle est un contrepoids idéel à son partenaire. Ce n’est pas La rose et la flèche, mais des quadras, des fois, ça donne plus de gueule à un film que des jeunes premiers.
Le reste du casting est 3 étoiles, presque trop d’ailleurs, j’ai passé mon temps à essayer de reconnaître les gens (me suis pris la tête sur Scott Grimes jusqu’au générique).
La durée du film passe sans qu’on s’en rende compte, surtout que le scénario ne suit pas un schéma établi archiconnu, et c’est à voir absolument sur grand écran.