“Je me souviens d’avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie.”

 
La grand-mère de Jade
de Frédérique Deghelt
 
Pour éviter à sa grand-mère Jeanne, dite Mamoune, l’installation en maison de retraite, Jade décide de l’emmener vivre avec elle à Paris. Entre l’octogénaire savoyarde et la trentenaire parisienne se tissent des liens de femme à femme, renforçant leur relation de grand-mère à petite-fille. Surtout lorsque Mamoune révèle à Jade qu’elle est depuis des années, en secret, une passionnée de lecture.
 
La grand-mère de Jade est le premier roman de Frédérique Deghelt que je lis, après en avoir entendu beaucoup de bien sur la blogosphère. Je sais que ce ne sera pas le dernier. Ce livre est un véritable joyau, un grand coup de cœur aussi beau qu’il est plein de vérité, même si justement l’histoire racontée paraît trop belle pour être vraie. Mon exemplaire est corné en d’innombrables endroits, et les passages qui m’ont plu, parlé ou touchée sont tellement nombreux que si je devais les citer tous ici, je ferais de ce billet le plus long que mon blog est connu (et il m’arrive de ne pas savoir être concise).
 
C’est un livre qui parle de livres. D’écrivains et de lecteurs, et des relations qu’ils entretiennent. Qu’il y a bien des manières d’apprendre à lire. Que l’instruction est un luxe et une richesse, moins clinquante qu’une belle maison ou un grand bureau au dernier étage d’une tour, mais infiniment plus précieuse.
 
Il parle aussi d’écarts de générations. La mienne va souvent trop vite, sait penser de temps en temps avec reconnaissance aux acquis obtenus par nos ainés qui nous rendent la vie plus facile et nous laissent tant de temps pour l’introspection (et éventuellement la déprime), mais qui ne se rend pas vraiment compte de ce qu’était la vie de ces mêmes ainés autrement qu’en se disant superficiellement qu’avant c’était certainement plus dur, en effet.
 
Je me suis retrouvée dans ce livre. En temps que lectrice d’abord, qui aime trouver dans une phrase bien construite une résonnance particulière. Une lectrice qui, j’espère, ne se laisse pas enfermer au gré de ses lecture dans un monde imaginaire, mais qui au contraire se nourrit de ce qu’elle apprend pour mieux comprendre la réalité du monde qui l’entoure, et des gens.
 
En temps que petite-fille également, qui n’a pas toujours osé, et n’ose toujours pas, sortir des conversations banales sur le temps qu’il fait même avec des femmes qui m’ont pourtant toujours connu, qui ont dans une certaine mesure contribué à m’élever et qui ont, je le sais, tellement à m’apprendre. Mes grand-mère ont elles aussi si peu fréquenté l’école, mais elles ont conservé dans leurs mains arthritiques la calligraphie impeccable qu’elles y ont apprises, et dans leur mémoire un peu vacillante les poésies qu’elles récitaient il y a soixante ans.
 
Les personnes âgées donnent l’impression aux plus jeunes qu’ils n’ont pas d’autre préoccupation que les petites ou grosses maladies qui les ralentissent et les handicapent. Mais s’ils ne parlent que de ça, c’est peut-être parce qu’ils ont l’impression que leur vie passée intéresserait encore moins que leurs misères présentes. Je n’ai pas posé assez de questions.
 
J’ai aimé Jade et Jeanne, j’ai aimé les écouter vivre et parler durant quelques chapitres. J’ai éclaté en sanglots en lisant l’épilogue.
 
A notre époque où la littérature est une industrie parmi d’autres et le lecteur un client, où certains écrivains, surtout quand ils sont un peu connus, donnent l’impression d’écrire égoïstement, parce qu’ils aiment s’écouter, et pas du tout parce qu’ils veulent apporter quelque chose à celui qui les lira, des livres comme La grand-mère de Jade font l’effet d’une bouffée d’oxygène. Comme de trouver un message dans une bouteille, d’avoir l’impression de le comprendre et d’avoir envie de répondre à celui qui l’a écrit. 

 

Cette entrée a été publiée dans Litterature. Ajouter aux Favoris le permalien.

2 réponses à “Je me souviens d’avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie.”

  1. Karine dit :

    Je le veux celui-là. Absolument. Après les commentaires de la blogo et le fait que ça parle de livre, je ne peux pas résister! Tu sais s\’il est en poche??

  2. Nataka dit :

    Karine : Non, pas encore. Mais il est sorti il y a presque un an et demi, donc ça ne devrait pas trop tarder.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s