
Blackpool
De Julie-Anne Robinson et Coky Giedroyc. Avec David Morrissey, David Tennant, Sarah Parish…
Sortie : 2004
Ripley Holden a tout pour être heureux : il vient d’ouvrir sur la Promenade de Blackpool une arcade de jeux qu’il prévoit de transformer très vite en gigantesque hôtel-casino. Il a une jolie famille bien unie, une belle maison, de l’argent à ne savoir qu’en faire et il s’est fait un nom qui lui ouvre toutes les portes.
Mais un matin, un cadavre est découvert dans son arcade. Et c’est le début d’une série d’événements qui vont lui faire perdre le contrôle de sa petite vie bien organisée.
Vu dans le cadre du challenge Tennant 2010. Mais je l’aurais vu de toute façon, tôt ou tard. Car comment résister à une mini-série de la BBC avec David Tennant et David Morissey, qui tient à la fois du polar, du film noir, du drame familial, voire social, et de la comédie musicale ? J’aime bien les mini-séries. C’est un excellent format, qui donne plus de temps pour développer les personnages et l’intrigue, mais sans l’engagement à long terme. Les britons le maîtrisent évidemment mieux que nous, qui l’utilisons exclusivement pour les sagas de l’été, avec le niveau de qualité qu’on sait… Mais 6 heures de Blackpool, même d’affilée, c’est juste ce qu’il faut.
N’ayons pas peur des mots, David Morissey est grandiose en Ripley Holden (un nom pareil, c’est à peine possible), un petit businessman un peu malfrat, un peu mafieux, très grande gueule et qui prend son nombril pour le centre de l’univers. Il a perdu depuis longtemps le sens du bien et du mal et il croit que le monde se divise en deux catégories, les winners et les losers. Lui-même étant un winner, bien sûr, il prend bien soin de s’entourer de beaucoup de losers qu’il peut écraser à volonté avec son arrogance et ses sarcasmes. Je savais David Morissey bon acteur, imposant et charismatique, mais Blackpool permet de voir ce qu’il peut accomplir quand il se donne sans réserve à un personnage qu’il prend un plaisir incroyable à jouer sans jamais craindre le ridicule. Et il y a matière à craintes, il n’y a qu’à voir ses chemises pour s’en rendre compte.

Son némésis arrive sous la forme du detective-inspector Peter Carlisle, David Tennant au meilleur de sa forme. Carlisle est, au départ, un flic selon mon cœur. Arrivé en renfort pour aider la police locale débordée, il ne connait pas Blackpool et se fiche bien de savoir qui est riche ou qui est influent en ville. Les passe-droits n’ont pas de prise sur lui, pas plus que sa hiérarchie. Il mène son enquête comme il l’entend, tranquillement, parfois depuis une chaise longue installée sur la plage, apparemment pas pressé de clore le dossier, uniquement soucieux de rendre justice à la victime. Et s’il s’acharne comme un moustique sur Ripley, qui n’est d’abord qu’un suspect parmi d’autres, c’est juste parce qu’il l’énerve.
On ne dirait pas, mais ces policiers sont en plein travail…Son antipathie pour Ripley s’aggrave quand il rencontre sa femme Natalie, qu’il en tombe amoureux et commence à glisser sur une pente savonneuse. Il s’égare moralement et déontologiquement, devient le mauvais flic, celui qui se forge une théorie et s’y accroche comme un chien ronge un os, enquêtant à charge uniquement, contre Ripley en l’occurrence, ne considérant que les preuves qui vont dans son sens, allant jusqu’à envisager de créer celles qui lui manquent. Heureusement, Carlisle a un coéquipier qui l’arrête avant qu’il fasse trop de bêtises, mais plus d’une fois je l’aurais bien choppé par les épaules et secoué en hurlant « non mais ça va pas la tête ? »
J’aurais pu en faire autant avec Ripley, remarquez, qui était tellement occupé à parler qu’il n’écoutait jamais personne. Mais dans leur opposition, les deux adversaires semblent faire le chemin inverse. Tandis que Carlisle perd les pédales, Ripley semble se réveiller d’un long rêve, et se rendre compte que sa vie parfaite n’était qu’un château de sable, de la poudre aux yeux qui cache le minable et le sordide, tout ce à quoi il veut échapper. A l’image de son arcade, neuve, brillante et colorée, bâtie en façade d’un immeuble miteux qui sert d’hôtel de passe. A l’image de Blackpool, parc à touristes qui produit de la musique, de la lumière et du fun sans interruption, au point qu’on en oublie que, derrière, il y a de vrais gens qui y habitent.
Le reste du casting est d’une égale perfection, à commencer par la très belle (je tuerais pour avoir une silhouette pareille) et très veinarde (bah oui, quoi ?) Sarah Parish, qui joue Natalie Holden, femme au foyer désespérée qui s’est toujours consacrée aux autres et ne se sent vivante que si elle se sent utile, et qui finalement s’offre une chance de penser à elle. J’ai beaucoup aimé les enfants Holden également, Thomas Morrison en fiston déphasé qui voudrait tellement que son père soit fier de lui, et Georgia Taylor, la fille préférée qui n’est pas aussi perturbée qu’on pourrait le croire mais qui s’avère être, tout bien considéré, peut-être la plus forte de la famille.
De toute façon, les acteurs sont bons avant tout parce que la partition est bonne. L’intrigue policière, sans être absolument confondante, est suffisamment énigmatique pour maintenir le suspense jusqu’au bout. Les dialogues sont percutants. J’ai adoré les joutes verbales entre Carlisle et Ripley, et les vacheries que ce dernier est capable de sortir, des fois sans penser à mal, sont abasourdissantes. Les personnages sont très attachants malgré leurs défauts, même sûrement à cause d’eux. Et d’avoir osé ajouter des numéros chantés et dansés est proprement génial. J’ai découvert pas mal de chansons que je ne connaissais pas du tout, redécouvert d’autres sous un nouveau jour, et je ne pourrais jamais plus entendre The boy with the thorn in his side ou don’t leave me this way sans avoir une vision des formidables chorégraphies de Blackpool.

Episode 3.
Faut-il y voir une prémonition, ou simplement que le Docteur est vraiment partout ?
Sur les conseils de Cuné (que je remercie beaucoup beaucoup pour le prêt), je ne me suis pas embêtée à voir la suite, Viva Blackpool. David Tennant n’étant pas dedans, ça ne rentrait pas dans le cadre du challenge, de toute façon. Pour la série originale, elle est évidemment vivement recommandée.
Fashion l’a vu aussi.

"N’ayons pas peur des mots, David Morissey est grandiose en Ripley Holden " ===> VOI-Là.
)))Mais tout d\’affilée, ouah, faut vouloir quand même
J\’ai regardé en 3 jours, et c\’était parfait comme ça, mon esprit était en permanence occupé par le monde de Blackpool.Ton billet est très chouette, cette mini-série géniale !
Cuné : oui, ça demanderais même plusieurs visionnages pour être apprécié à fond, mais j\’étais dedans et je n\’ai pas vu le temps passer, tout simplement.