“I can’t believe a word you say… I’ve seen you do all this before.”

 
Mansfield Park
De Iain MacDonald. Avec Billie Piper, Blake Ritson, Hayley Atwell…
2007
 
Confiée à sa tante et son mari, Sir Bertram, Fanny Price est élevée à Mansfield Park avec ses riches cousins qui ne lui laissent pas oublier l’infériorité de sa position. Son cousin Edmund est son seul allié, et en grandissant elle tombe amoureuse de lui.
Alors que son oncle voyage aux Antilles, Mary Crawford et son frère Henry s’installent dans le voisinage. Maria et Julia Bertram se disputent les attentions d’Henry, à la désapprobation de Fanny qui voit par ailleurs son bien-aimé Edmund tomber sous le charme de Mary.
 
Mansfield Park et Fanny Price sont respectivement le roman et l’héroïne que j’aime le moins chez Austen. Aussi n’importe quelle adaptation aura au moins pour moi l’avantage d’être reposante, puisque dépourvue de la perpétuelle auto-flagellation de miss Perfection et Vertu.
 
Ceci dit, après la réussite qu’était le Mansfield Park de Patricia Rozema, qui reprenait et approfondissait ce qu’il y avait de bien dans le roman et en corrigeait les défauts, la version de Iain MacDonald est excessivement décevante. Le scénario, la mise en scène, le casting, tous les choix faits sur cette production me paraissent mauvais.
 
Condenser un roman aussi long en 1h30 demandait évidemment de procéder à un découpage. Mais au lieu de réaliser un film fluide et cohérent, ce qui était quand même possible, MacDonald a préféré choisir quelques moments-clés du roman, d’en faire des scènes qu’il laisse s’étirer tout en longueur, et de laisser à la Providence (et à la logique des téléspectateurs) le soin de faire la connexion entre ces séquences. Ceux qui n’ont pas lu le roman doivent s’accrocher pour comprendre ce qui se passe. Beaucoup d’éléments manquent, et le récit n’a aucune profondeur.
 
Si les décors sont plutôt bien choisis, ils sont en revanche très limités : l’action ne sort jamais de Mansfield Park. Pas de voyage à Portsmouth pour Fanny, même pas une scène au presbytère. Quant aux costumes, ils sont très jolis, mais pas forcément adaptés. J’imagine bien que la mode de l’époque, comme celle d’aujourd’hui, n’était pas figée et changeait de saison en saison. Mais la robe de mariage de Maria, ainsi que certains chapeaux portés par les dames, me paraissent vraiment originaux.
 
Quant au style de Fanny, il est vraiment absurde. Je ne suis pas puriste moi-même au point de pousser les hauts cris quand une demoiselle sort de sa chambre sans chapeau ni bonnet, d’ailleurs je trouve les bonnets hideux et c’est un soulagement quand on me les épargne. Mais le style demi-queue/barrettes a beau être joli, il a l’inconvénient de souvent laisser les cheveux trainer devant les yeux, et ce n’est pas très distingué de secouer la tête sans arrêt pour les dégager. On peut à la limite admettre le style insouciant de la coiffure de Fanny, si on observe que globalement, dans la famille, elle est encore traitée en fillette. Mais dans ce cas, c’est son décolleté qui me pose problème.
 
De toute façon, c’est toute l’interprétation de Fanny qui laisse à désirer. Elle n’a pas l’air malheureux du tout. Elle rit, court, s’amuse, et quand les autres font preuve de manque d’égards envers elle, on dirait qu’elle s’en fiche. Billie Piper, que j’ai par ailleurs appris à apprécier grâce à Doctor Who et Secret Diary of a Call Girl, a souvent réussi à me faire rire et pleurer. Mais m’apitoyer, ça je crois qu’elle ne pourrait pas. Il y a une force et une énergie chez elle qui transparait quoi qu’elle fasse. Peut-être que si elle était mieux dirigée, elle pourrait réussir d’autres types de performances. Mais pour Fanny Price, elle est bien trop moderne et trop dynamique.
 
 
Le jeu de Maggie O’Neill, qui joue Mrs. Norris, est aussi très décalé. Au lieu de la tyrannique et autoritaire empêcheuse de tourner en rond qu’elle devrait être, Mrs. Norris ressemble d’avantage à une grande malade des nerfs qu’on ne doit pas contrarier, pour son propre bien, et que personne ne prend au sérieux, pas même Fanny.
 
Quant aux autres interprètes, je les ai trouvés dans l’ensemble bien en accord avec leurs personnages. Sir Thomas n’est peut-être pas assez sévère, et Lady Bertram pas assez absente. Julia est inexistante et j’ai un peu regretté que Hayley Atwell et Joseph Beattie, qui jouent les Crawford, aient un air de ressemblance un peu trop prononcé avec les acteurs qui incarnaient ces personnages dans la version de Rozema, comme si un cahier des charges concernant leur apparence avait été préétabli et qu’on ne pouvait pas y déroger. Dans le livre, Henry est décrit comme un homme plutôt laid mais fascinant, je m’étonne donc que systématiquement l’acteur choisi pour l’interpréter soit séduisant mais peu charismatique.
 
Blake Ritson est un Edmund similaire à son alter ego de papier, sérieux, limite mélancolique par moments, et très aveuglé par ses sentiments pour Mary Crawford. C’est en revanche un peu difficile de l’apparier avec sa partenaire, vive et solaire. (Oui, c’est dingue, Fanny est vive et solaire). Mais j’ai bien aimé les scènes finales, dans lesquelles Fanny, enfin débarrassée de sa rivale, décide de faire mariner un peu son cousin pour le punir d’avoir été un parfait imbécile. C’est bien d’avoir trouvé au moins une chose à sauver dans ce naufrage. Ce Mansfield Park trouvera toujours grâce auprès des austénites purs et durs, mais pour ce qui est du divertissement, mon appréciation sera : peut mieux faire. 
 

 

 

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4 réponses à “I can’t believe a word you say… I’ve seen you do all this before.”

  1. cune dit :

    Ah, aaaaaah, j\’hyperventile, je crois que je ne l\’ai pas vue, cette version ?!?! Même mauvaise, ça reste Jane Austen et il y a Billiiiiiiiie (Rose, quoi). Le DVD est à toi ? Me le prêterais-tu ? (Oh j\’abuse, je sais, n\’hésite pas à dire non, sans explications :) )

  2. cune dit :

    Pardon ! En fait, je viens de le voir sur zozone à pas cher du tout, je le veux, il me le faut, je l\’achète :)

  3. Nataka dit :

    Cune gonde : Ah mais si tu veux je te le prête, et même je t\’en envoie 3 pour le prix d\’1 parce qu\’en fait ça fait partie d\’un coffret (Emma et Northanger Abbey en plus).

  4. cune dit :

    C\’est super gentil mais j\’ai déjà vu les deux autres. Et si, regarde, zozone le vend tout seul : http://www.amazon.fr/gp/product/B000NDETKQ/ref=oss_product(J\’ai acheté, pas pu m\’empêcher :) )

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