Le déménagement

 
 A quelques jours près, ce blog vient de fêter ses 4 ans. 
En années de chien ça fait 28, c’est à dire mon âge.  
 
Pour l’un comme pour l’autre, il est temps de changer d’air. 
 Je continue ici :http://ahc9.hautetfort.com/ 
 
 
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“Forget a statement that’s obvious, but evil has to be stood up to.”

 
Glorious 39
De Stephen Poliakoff. Avec Romola Garaï, Bill Nighy, Julie Christie, Hugh Bonneville…
2009
 

Eté 1939. Alors que le gouvernement de Grande-Bretagne fait son possible pour éviter la guerre, la fille ainée d’une famille d’aristocrates fait par hasard une découverte qui va la mener à remettre complètement en question sa vie apparemment parfaite.

 

Ces derniers temps, sans que ce soit fait exprès, j’ai vu pas mal de films «historiques». Sur l’abolition de la traite négrière, la révolte des barons anglais contre Jean sans terre, la fondation d’Israël, la 1ère guerre mondiale. En gardant bien à l’esprit que tout est œuvre de fiction, et donc pas à prendre au pied de la lettre, j’ai quand même appris deux ou trois choses. Et cette fois, c’est à la période de l’entrée en guerre du Royaume-Uni contre l’Allemagne en 1939 qu’il s’agit.

 

L’Europe plie graduellement sous les attaques d’Hitler, et le gouvernement de Grande-Bretagne, dirigé par Chamberlain, pratique une politique de négociation avec l’Allemagne, certain que la guerre serait perdue d’avance et qu’elle entrainerait à coup sûr le pays vers la ruine. L’aristocratie et les classes supérieures soutiennent cette action, soit parce qu’ils tiennent à préserver leur mode de vie paisible et ne veulent avoir à s’inquiéter de rien, soit parce qu’ils sympathisent avec l’idéologie nazie.

 

Ces mouvements pro-apaisement, s’ils étaient restés au pouvoir, auraient fini par appliquer à leur pays un régime similaire à celui de Vichy. Mais Churchill a succédé à Chamberlain. Au moment où débute Glorious 39, cependant, la guerre n’est pas encore déclarée et les infâmes comploteurs ont les mains libres pour accomplir tous les forfaits nécessaires à l’accomplissement de leur mission car, c’est bien connu, la fin justifie les moyens, surtout quand on est fanatisé.

 
  

Glorious 39 n’a pourtant rien d’une fresque historique. C’est plutôt un thriller un peu oppressant et pas mal dérangeant. Mais justement, le contexte historique s’y prête. Le drame se joue au sein d’une vieille famille du Norfolk, dont les hommes entrent en politique et les femmes s’occupent de leuirs jardins ou leurs oeuvres de charité. Le genre de haute société assez sûre de sa place dans le monde pour afficher un conservatisme tranquille qui se permet une pointe d’excentricité. Au milieu d’eux, Anne, enfant adoptée, dénote un peu avec sa carrière d’actrice. Elle est pourtant parfaitement intégrée parmi les siens, et très proche de son frère Ralph et sa soeur Célia.

 

Un matin, elle découvre dans le bureau de son père des enregistrements de réunions, cachés sur des disques de musique. Plus elle essaie de comprendre, plus les événements tragiques s’enchainent, et ses proches changent de comportement : son père la surprotège, sa tante devient exagérément autoritaire, son frère la pousse à faire des recherches sur ses parents naturels, son fiancé est injoignable, sa jeune sœur prend petit à petit sa place de maîtresse de maison, et tous semble penser qu’elle souffre de paranoïa. Jusqu’au point où elle ne sait plus en qui avoir confiance.

 

Il ne s’agit pas d’un thriller au sens moderne de terme, où tout va très vite et où les personnages risquent à chaque instant de se faire canarder par quelque barbouze caché dans un coin sombre. C’est un piège qui se referme lentement sur une jeune femme qui se voit offrir une porte de sortie à chaque étape, mais qui choisit de continuer à rechercher la vérité, qui s’avèrera forcément inacceptable.

 
  

Glorious 39 souffre d’un défaut majeur qui le dessert, surtout à la fin, c’est que l’histoire est comme encadrée dans des scènes contemporaines, racontée en flashback au petit-fils de Célia par les cousins des enfants Keyes devenus des vieillards. C’est inutile, ça n’apporte rien à part une conclusion neuneu et quelques minutes de plus à un film par ailleurs suffisamment long.

 

Par contre, la narration est très réussie. Aux trois quarts du film, j’ai dû m’arrêter et faire une pause. Pas parce que je m’ennuyais, mais au contraire parce que j’étais prise dans l’histoire, au point d’être réellement, physiquement, en colère.

A cause de ces petits flics minables qui, sous prétexte de loi martiale, se voient attribuer des droits dont ils s’empressent d’abuser, pour le plaisir de se sentir puissants.

A cause des égocentriques si sûrs de leur propre importance qu’ils se fichent que le monde s’écroule autour d’eux du moment que le thé est servi à l’heure.

A cause des conspirateurs qui se prennent pour les sauveurs du monde et qui comptent leurs victimes comme des statistiques.

A cause de la pauvre Anne que tout le monde traite comme une moins que rien bonne à enfermer, juste pour la faire taire.

A cause des choses horribles qu’on peut faire faire aux gens en leur faisant peur. La scène du vétérinaire m’a achevée. Ceux qui verront comprendront.

 
 

Les décors dans lesquels les scènes du Norfolk ont été tournées sont tout à fait époustouflants. L’interprétation est tout à fait à mon goût, également. Romola Garaï se décompose graduellement, de la lumière à la folie. Je ne la trouve jamais mauvaise, de toute façon. Eddie Tremayne et Juno Temple passent brillamment de jeunes insouciants à robots dogmatiques et sectaires (cette dernière a d’ailleurs un potentiel formidable pour l’horrifique ou le trash, si ça l’intéresse), Jeremy Northam fait peur presque sans rien faire, et Bill Nighy, très sobrement, m’a donné des envies de meurtre.

 

Quant à David Tennant, qui est quand même ma raison principale d’avoir vu ce film (ça aurait pu être Romola, mais pas cette fois), il a un rôle important, celui de détonateur, mais malheureusement limité à quelques scènes, dont une déchirante où on entend seulement sa voix sur un disque.
Il est excellent, et d’autant plus appréciable qu’il est l’un des rares personnages sympathiques de l’histoire. Et je ne dévoile rien en disant ça puisque, grâce au fameux et lourdingue flashback, on sait d’entrée de jeu que tout cela sera un peu plus sombre qu’une petite promenade champêtre.
 
 
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Il est temps de résister, de se déclarer hors la loi quand la loi est mauvaise.

Extrait d’une lettre ouverte à l’exécutif départemental (93) de gauche plurielle, à propos des plans d’austérité demandés par le gouvernement aux colectivités territoriales.

Comme quoi, le cinéma, ça vous a des accents d’actualité, c’est fou.

 

Robin des bois

(Titre original : Robin Hood)

De Ridley Scott. Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Mark Strong, Oscar Isaac…

Sortie le 12 Mai 2010

 

Après une croisade et un kidnapping qui l’ont laissé démuni, le roi Richard Cœur de Lion prend le temps, sur le chemin du retour, de se refaire financièrement en pillant les châteaux français qui se trouvent sur son chemin. Philippe, le roi de France, projette de le faire tuer afin de pouvoir envahir l’Angleterre.

Après avoir assisté à la mort du roi, puis celle de son lieutenant Robert Loxley, un archer anglais du nom de Robin Longstride décide d’usurper momentanément l’identité de ce dernier afin de rentrer confortablement en Angleterre avec ses compagnons. Il s’engage néanmoins auprès de Loxley, agonisant, à aller en personne à Nottingham annoncer sa mort à son père Sir Walter, après avoir rapporté la couronne royale à Londres.

 

Je ne suis pas une inconditionnelle de Ridley Scott. Je ne me roule pas non plus par terre pour Russell Crowe, même si je suis toute prête à reconnaître son puissant et sauvage charisme (et que Mort ou vif reste un grand souvenir de cinéma, mais ce n’est pas le sujet). Leurs expériences communes sont plutôt des réussites pour ce que j’en ai vu, c’est-à-dire Gladiator et American Gangster, mais pas un argument suffisant en soi pour que je me déplace.

 

En revanche, quand il s’agit de Robin des Bois, je deviens très partiale. Robin est mon héros absolu. Il vole aux riches pour donner aux pauvres, pensez-vous, ce n’est pas génial ça ? J’aime toujours Robin des Bois, quoi qu’il arrive. J’ai vu pas mal d’adaptations, avec une affection particulière pour la version Disney (la scène où tout Nottingham est en prison et où le sheriff vient arrêter Frère Tuck dans sa chapelle me brise le cœur à chaque fois) et le dessin animé des années 90 où les héros étaient des enfants (tous les matins devant le petit déjeuner, j’étais une fan absolue, toquée, obsessionnelle et compulsive, le phénomène n’est donc pas récent, quelque part ça me rassure).

 

J’aime moins les séries télé qu’on a pu voir ces dernières années. Enfin, quand je dis « j’aime moins », ça ne signifie pas que je ne les ai pas suivies avec assiduité jusqu’au bout. Seulement que je me rendais parfaitement compte de leur daubesquerie (même la présence de Richard Armitage au générique de la dernière ne sauve pas les meubles, et pourtant il y avait de l’idée). Mais bien sûr, Robin des Bois, prince des voleurs est inusable, je pourrais le voir cinquante fois sans me lasser, un peu comme Dirty Dancing (qui n’a rien à voir là dedans, passons là-dessus), et il a l’avantage d’avoir un fantastique sheriff en la personne d’Alan Rickman.

 

Bref, la légende du noble chevalier devenu hors-la-loi par compassion envers le bon peuple qui souffre et par loyauté envers son roi trouvait en moi une fervente supportrice, d’autant que Robin et ses compagnons semblaient être de sacrés marrants, et que vivre dans les bois c’est un peu le rêve de tous les gamins. 

 

 

Cela dit, en grandissant, j’ai eu moins besoin d’un héros sans peur et sans reproches qui sauve de la misère une poignée de paysans trop couards et faibles pour se rebeller, mais plus d’un meneur qui leur explique que s’il veulent une vie meilleure, ils devraient se bouger un peu, zut aussi, parce que rien ne nous tombe jamais tout cuit dans le bec ! D’autant que, historiquement, le roi Richard, le seul, l’unique, le légitime, ne valait pas mieux que son traître usurpateur de frère, le roi des abrutis (oui parce qu’on peut être roi d’Angleterre et roi des cons en même temps, sans qu’il y ait un lien entre les deux, bien sûr). Richard avait sûrement plus de stature, et assez de sens politique pour ne pas mordre la main qui le nourrissait, mais dans le fond il n’avait pas plus de considération pour l’Angleterre et les Anglais. Et puis, il n’est jamais revenu de sa croisade, en réalité. Le happy-end où Robin retrouve son titre et ses terres dans une contrée en paix et épouse Marianne n’est donc pas réellement possible.

 

Ridley Scott a dû penser à tout ça en ancrant l’action de son film dans un contexte beaucoup plus cohérent historiquement (enfin, grosso modo, quand même) en racontant comment Robin des Bois est né (Robin avant Des Bois, en somme) et en faisant de son héros non pas un gentilhomme qui met son honneur dans sa fidélité à la couronne, mais une sorte de bourlingueur porté par des valeurs de liberté, de démocratie et de justice sociale. Ça peut avoir l’air anachronique, dit comme ça, mais une révolte est possible en tous temps et en tous lieux : crever de faim, ça rend vaguement râleur. Le Moyen-Age n’était sans doute pas encore prêt pour la démocratie, mais ne pas bosser pour des clopinettes est une revendication intemporelle. Et puis, avec ou sans Robin, la Magna Carta date bien de cette époque-là.

 

Les connaisseurs seront donc surpris, au début du film, en voyant que Robin s’appelle Longstride, que Robert Loxley est une personne complètement différente, et que le roi Richard meurt si rapidement.

Le plus surprenant pour moi était que, pour aller de Limoges à Calais, les Anglais passent par le centre Bretagne. Brocéliande vaut le détour, certes, mais ça ne me semble pas être le circuit le plus judicieux, surtout si on est pressé.

Mais une fois qu’on a compris qu’on allait avoir droit à une histoire complètement différente, une constatation s’impose, c’est un très bon film. Réécrit maintes et maintes fois, mais ça en valait la peine car à part deux ou trois petites choses, (l’amnésie de Robin sur son enfance qui se résout en cinq minutes, ou l’intervention de Marianne avec la cavalerie), le script final est vraiment excellent.

 

 

 

Superbement réalisé, on reconnait bien la griffe de Ridley Scott (le débarquement des Français rappelait énormément Spielberg, en revanche, mais du mauvais côté de la Manche), certains plans sont juste magnifiques (les semailles au clair de lune, un vrai tableau de maître), et si on n’a pas échappé à quelques scènes de bataille tournées caméra à l’épaule en images moches à gros grain qui donnent le mal de mer, il y en a eu peu, si peu que pour cette fois je vais passer l’éponge.

 

Russell Crowe est aussi imposant qu’il peut l’être. On a du mal à l’imaginer en habile archer qui saute d’arbre en arbre, mais son Robin meneur de troupes est des plus convaincants. Cate Blanchett s’inscrit parfaitement dans la lignée des Marianne de moins en moins demoiselles-en-détresse et de plus en plus femmes de tête, et pour ce qui en est d’imposer, elle est un contrepoids idéel à son partenaire. Ce n’est pas La rose et la flèche, mais des quadras, des fois, ça donne plus de gueule à un film que des jeunes premiers.

Le reste du casting est 3 étoiles, presque trop d’ailleurs, j’ai passé mon temps à essayer de reconnaître les gens (me suis pris la tête sur Scott Grimes jusqu’au générique).  

 

La durée du film passe sans qu’on s’en rende compte, surtout que le scénario ne suit pas un schéma établi archiconnu, et c’est à voir absolument sur grand écran.  

 

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“Je me souviens d’avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie.”

 
La grand-mère de Jade
de Frédérique Deghelt
 
Pour éviter à sa grand-mère Jeanne, dite Mamoune, l’installation en maison de retraite, Jade décide de l’emmener vivre avec elle à Paris. Entre l’octogénaire savoyarde et la trentenaire parisienne se tissent des liens de femme à femme, renforçant leur relation de grand-mère à petite-fille. Surtout lorsque Mamoune révèle à Jade qu’elle est depuis des années, en secret, une passionnée de lecture.
 
La grand-mère de Jade est le premier roman de Frédérique Deghelt que je lis, après en avoir entendu beaucoup de bien sur la blogosphère. Je sais que ce ne sera pas le dernier. Ce livre est un véritable joyau, un grand coup de cœur aussi beau qu’il est plein de vérité, même si justement l’histoire racontée paraît trop belle pour être vraie. Mon exemplaire est corné en d’innombrables endroits, et les passages qui m’ont plu, parlé ou touchée sont tellement nombreux que si je devais les citer tous ici, je ferais de ce billet le plus long que mon blog est connu (et il m’arrive de ne pas savoir être concise).
 
C’est un livre qui parle de livres. D’écrivains et de lecteurs, et des relations qu’ils entretiennent. Qu’il y a bien des manières d’apprendre à lire. Que l’instruction est un luxe et une richesse, moins clinquante qu’une belle maison ou un grand bureau au dernier étage d’une tour, mais infiniment plus précieuse.
 
Il parle aussi d’écarts de générations. La mienne va souvent trop vite, sait penser de temps en temps avec reconnaissance aux acquis obtenus par nos ainés qui nous rendent la vie plus facile et nous laissent tant de temps pour l’introspection (et éventuellement la déprime), mais qui ne se rend pas vraiment compte de ce qu’était la vie de ces mêmes ainés autrement qu’en se disant superficiellement qu’avant c’était certainement plus dur, en effet.
 
Je me suis retrouvée dans ce livre. En temps que lectrice d’abord, qui aime trouver dans une phrase bien construite une résonnance particulière. Une lectrice qui, j’espère, ne se laisse pas enfermer au gré de ses lecture dans un monde imaginaire, mais qui au contraire se nourrit de ce qu’elle apprend pour mieux comprendre la réalité du monde qui l’entoure, et des gens.
 
En temps que petite-fille également, qui n’a pas toujours osé, et n’ose toujours pas, sortir des conversations banales sur le temps qu’il fait même avec des femmes qui m’ont pourtant toujours connu, qui ont dans une certaine mesure contribué à m’élever et qui ont, je le sais, tellement à m’apprendre. Mes grand-mère ont elles aussi si peu fréquenté l’école, mais elles ont conservé dans leurs mains arthritiques la calligraphie impeccable qu’elles y ont apprises, et dans leur mémoire un peu vacillante les poésies qu’elles récitaient il y a soixante ans.
 
Les personnes âgées donnent l’impression aux plus jeunes qu’ils n’ont pas d’autre préoccupation que les petites ou grosses maladies qui les ralentissent et les handicapent. Mais s’ils ne parlent que de ça, c’est peut-être parce qu’ils ont l’impression que leur vie passée intéresserait encore moins que leurs misères présentes. Je n’ai pas posé assez de questions.
 
J’ai aimé Jade et Jeanne, j’ai aimé les écouter vivre et parler durant quelques chapitres. J’ai éclaté en sanglots en lisant l’épilogue.
 
A notre époque où la littérature est une industrie parmi d’autres et le lecteur un client, où certains écrivains, surtout quand ils sont un peu connus, donnent l’impression d’écrire égoïstement, parce qu’ils aiment s’écouter, et pas du tout parce qu’ils veulent apporter quelque chose à celui qui les lira, des livres comme La grand-mère de Jade font l’effet d’une bouffée d’oxygène. Comme de trouver un message dans une bouteille, d’avoir l’impression de le comprendre et d’avoir envie de répondre à celui qui l’a écrit. 

 

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There is a house in the town of Fairview. In this house lives a monster.

 
Desperate Housewives – Saison 6
Série créée en 2004 par Marc Cherry
Avec Teri Hatcher, Felicity Huffman, Marcia Cross, Eva Longoria…
 
Ces dernières semaines, j’ai rattrapé mon retard sur Desperate Housewives. Enfin, quand je dis rattrapé, c’est très exagéré. J’avais abandonné ces dames à leur sort en cours de deuxième saison pour cause d’ennui mortel, et je me suis contenté de visionner la dernière saison, soit la sixième, pour me remettre sur les rails. Le dernier épisode a été diffusé dimanche dernier aux Etats-Unis.
 
Pourquoi m’y remettre après un abandon de trois ans (et plus du double en temps Wistérien) me direz-vous ? Tout bêtement parce que cette saison, John Barrowman était au générique. Pas de Torchwood en 2010 ? Il fallait bien compenser d’une façon ou d’une autre.
 
Evidemment, on ne peut pas vraiment remplacer Torchwood par Desperate Housewives. En plus, John Barrowman ne joue les guest stars que dans les six derniers épisodes, et dans un rôle franchement secondaire. Ce qui ne l’empêche pas d’être bon, très bon, même, dans un rôle de vrai méchant, calculateur, fanatique, terriblement rancunier et impossible à raisonner. Mais cela en valait-il la peine ?
 
Et bien, oui. J’ai adoré cette sixième saison. J’ai carrément redécouvert la série.
 
 
Alors de deux choses l’une, soit la série s’est bonifiée en vieillissant, soit je n’avais rien compris. Je suis toute prête à admettre que la deuxième proposition est sans doute la bonne. J’ai toujours la possibilité de blâmer la VF, encore…
 
Mais d’un autre côté, ça devait venir pas mal de moi. Il n’y a qu’à voir comme la façon dont je les perçois toutes à changé. Au début, ma préférée était Susan Mayer. Parce que Teri Hatcher me paraissait être la plus belle des quatre, qu’elle me rappelait de bons souvenirs (fan de Loïs et Clark, out and proud !) et que Susan, gaffeuse et maladroite mais néanmoins romantique, avait cette jolie histoire d’amour, potentiellement dangereuse quand même, avec Mike Delfino (James Denton) qui était et reste, à mes yeux, le plus hot des mâles de Wisteria Lane.
 
A côté de ça, je détestais Gabrielle Solis, que je trouvais ignoblement superficielle, vaine et égoïste, et qui n’était pas aidée par la médiatisation à outrance du couple Longoria-Parker à l’époque. Bree Van de Kamp n’était pour moi qu’une psychopathe sectaire, et globalement je reprochais à Lynette Scavo son manque de caractère pour avoir tout sacrifié à une famille qu’elle était incapable de gérer.
 
A présent, je trouve le jeu de Teri Hatcher effroyable (elle est aidée par la VF, pas de doute), et Susan m’énerve prodigieusement. Elle cache une hypocrisie incroyable sous ses airs de gentille bécasse, elle mélodramatise tout, elle s’excuse avec effusion après chacune de ses bêtises, mais s’empresse de recommencer à la première occasion si ça l’arrange.
 
En revanche, je suis devenue archi-fan de Gabrielle et de sa grande bouche. Elle ne manque pas de cœur, juste de tact. Je ne compte plus les fous rires que je lui dois, et Eva Longoria est géniale. Bree m’a l’air un peu calmée, et j’avoue qu’au fond de moi j’envie son perfectionnisme et son aptitude à toujours dire et faire ce qui est approprié (et à la réflexion, c’est elle la plus belle). Et si je ne trouve pas Felicity Huffman systématiquement géniale dans son interprétation, je me suis énormément attachée au personnage de Lynette, surtout dans la deuxième moitié de la saison. Un bilan plutôt en hausse, donc.
 
 
Au début de cette sixième saison, j’ai retrouvé Mike et Susan se mariant pour la deuxième fois. Je rappelle que j’ai allègrement raté la première noce, la naissance de leur fils et leur divorce, ainsi que toutes leurs liaisons annexes. (Pourquoi Mike est-il toujours avec elle, pourquoi ?) Lynette attend ses rejetons numéros 5 et 6 et le vit assez mal, tandis que Tom retourne à l’université, avec leur fils aîné. J’en suis tombée de ma chaise, c’est fou ce que les enfants grandissent vite ! (Une vérification de la concordance des âges de toute la jeune génération serait d’ailleurs nécessaire, à mon avis, mais je ne veux pas pinailler).
 
Bree est mariée avec Orson, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Elle ne peut pas en divorcer pour une obscure question de chantage, et le trompe avec Karl Mayer, qui n’a pas évolué d’un iota depuis le début de la série. Gabrielle et Carlos ont deux petites filles, ce qui m’a fait tomber de ma chaise une deuxième fois (Gabrielle avec des enfants, alors que je ne lui confierais pas une plante verte à laquelle je tiens !) ainsi qu’une très jolie nièce adolescente à demeure. Edie a quitté le tableau définitivement, Mme McCluskey est par contre plus présente que jamais, et divers personnages sont arrivés durant mon absence, dont le couple gay Lee et Bob, et Katherine Mayfair, qui s’est fait piquer Mike par Susan et qui ne va pas laisser passer l’affront. Voilà pour le tableau général.
 
Le premier épisode apporte son lot d’énigmes qui fileront une partie ou l’intégralité de la saison, sous la forme d’un mystérieux meurtrier qui s’en prend aux jeunes femmes de Fairview, à commencer par Julie Mayer. Et bien sûr, l’arrivée de nouveaux voisins, les Bolen, une famille en cavale venue s’installer en banlieue pour se cacher, ah ! les naïfs. Drea De Matteo, anciennement la sœur de Joey Tribbiani dans Joey, joue ici Angie Bolen et arrive presque à concurrencer Eva Longoria en matière de franc-parler et de vocabulaire de charretier dans quelques belles scènes. Beau Mirchoff, remarquable, joue son fils Danny, charmant, charmeur, amer et instable.
 
 
La diffusion française n’est pas encore terminée à ce jour, alors je vais essayer de ne pas trop en dévoiler. Selon un schéma instauré depuis plusieurs années, les 23 épisodes de la saison se divisent en deux parties, séparées par un événement de grande ampleur qui intervient aux épisodes 10 et 11, qui résout rocambolesquement la plupart des problèmes rencontrés par les héroïnes, parfois radicalement, parfois indirectement, et relance l’action en amenant de nouveaux personnages et de nouvelles intrigues.
 
Dans la première partie, Gabi doit prendre une part plus active que prévu dans l’éducation de sa fille ainée, Juanita. Causes et conséquences désopilantes. J’adore Juanita. Tant qu’à jouer les sergents-instructeurs, elle en profite pour fliquer Ana, la nièce de Carlos, en particulier sur le chapitre de sa vie sociale et sentimentale. Pas triste non plus.
Katherine gère sa rupture avec Mike de façon pour le moins discutable. Elle m’a fait passer par tous les stades, pitié, irritation, peur. Dana Delaney est fantastique.
Susan vit mal l’agression de sa fille et cherche le coupable un peu n’importe où.
Lynette, dont l’époux est adorable mais parfois à peine plus âgé mentalement que ses fils, se retrouve un peu seule face à la conjonction grossesse/travail, avec d’autant plus de difficulté qu’elle travaille avec Carlos.
 
L’épisode 11, post-bouleversement, fait partie de mes préférés. Intitulé If…, il donne l’occasion aux personnages de faire le point sur ce que leur vie aurait pu être ou pourrait devenir. J’ai particulièrement aimé Gabi dans cet épisode, et Lynette plus encore, qui m’a émue aux larmes.
 
La situation initiale de Bree m’était plutôt indifférente. J’ai pris plus d’intérêt à ses mésaventures dans la seconde partie de la saison. J’y ai retrouvé la vraie Bree, celle qui essaie de faire les choses comme il faut, pas seulement de conserver les apparences.
Rien de vraiment majeur chez les Solis, si ce n’est un rapprochement avec Lee et Bob.
 
Pour les Delfino, en revanche, il y a la rencontre de Susan avec Robin, ex-stripteaseuse au physique démoniaque et à l’âme angélique en quête de reconversion, qui fait un passage éclair dans le quartier, mais une forte impression (épisode 15, Lovely, mon deuxième préféré). Robin est jouée par la magnifique Julie Benz, parfaite, en permanence sur la corde sans qu’on puisse dire si elle est juste sympa ou franchement aguicheuse. J’étais tellement occupée la trouver belle et à me dire qu’elle était aussi adorable qu’un chiot à peine sevré que je n’avais même pas reconnue l’ex-Darla de Buffy/Angel et la bonne amie de Dexter, c’est dire.
 
 
Les Scavo voient revenir leur fils Preston, jusque là en voyage en Europe. Ce retour a des conséquences inattendues, un nouveau défi pour Lynette, qui parallèlement se prend d’affection pour un ami de ses enfants dont la situation familiale est problématique. Eddie est lui-même un personnage bouleversant, dont l’histoire m’a brisé le cœur (épisode 20, Epiphany, pire crise de larmes de la saison, et rebelote dans l’épisode final.) La prestation de Josh Zuckerman mérite d’être soulignée. Il est génialement pathétique et si émouvant. Je ne crois pas l’avoir vu dans autre chose, mais sincèrement je ne demande pas mieux. Eddie n’était pas un personnage évident, il m’a bluffée. 
 
 
Les quelques derniers épisodes apportent naturellement la résolution finale des mystères de la saison, mais surtout en apportent de nouveaux pour la prochaine, et je suis bien tentée de continuer sur ma lancée, voire de rattraper vraiment mon retard en reprenant les choses depuis le début. Je suis particulièrement curieuse de voir les saisons où Lee et Bob étaient plus présents. Ils sont géniaux et je suis restée sur ma faim en ce qui les concerne.
 
 
Allez, juste pour le fun, parce que la coupe post-hippie vaguement blonde, ça vaut le détour.
 
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Amusement with prizes. Sounds a bit like life itself, doesn’t it.

 
Blackpool
De Julie-Anne Robinson et Coky Giedroyc. Avec David Morrissey, David Tennant, Sarah Parish…
Sortie : 2004
 
Ripley Holden a tout pour être heureux : il vient d’ouvrir sur la Promenade de Blackpool une arcade de jeux qu’il prévoit de transformer très vite en gigantesque hôtel-casino. Il a une jolie famille bien unie, une belle maison, de l’argent à ne savoir qu’en faire et il s’est fait un nom qui lui ouvre toutes les portes.
Mais un matin, un cadavre est découvert dans son arcade. Et c’est le début d’une série d’événements qui vont lui faire perdre le contrôle de sa petite vie bien organisée.
 
Vu dans le cadre du challenge Tennant 2010. Mais je l’aurais vu de toute façon, tôt ou tard. Car comment résister à une mini-série de la BBC avec David Tennant et David Morissey, qui tient à la fois du polar, du film noir, du drame familial, voire social, et de la comédie musicale ? J’aime bien les mini-séries. C’est un excellent format, qui donne plus de temps pour développer les personnages et l’intrigue, mais sans l’engagement à long terme. Les britons le maîtrisent évidemment mieux que nous, qui l’utilisons exclusivement pour les sagas de l’été, avec le niveau de qualité qu’on sait… Mais 6 heures de Blackpool, même d’affilée, c’est juste ce qu’il faut.
 
N’ayons pas peur des mots, David Morissey est grandiose en Ripley Holden (un nom pareil, c’est à peine possible), un petit businessman un peu malfrat, un peu mafieux, très grande gueule et qui prend son nombril pour le centre de l’univers. Il a perdu depuis longtemps le sens du bien et du mal et il croit que le monde se divise en deux catégories, les winners et les losers. Lui-même étant un winner, bien sûr, il prend bien soin de s’entourer de beaucoup de losers qu’il peut écraser à volonté avec son arrogance et ses sarcasmes. Je savais David Morissey bon acteur, imposant et charismatique, mais Blackpool permet de voir ce qu’il peut accomplir quand il se donne sans réserve à un personnage qu’il prend un plaisir incroyable à jouer sans jamais craindre le ridicule. Et il y a matière à craintes, il n’y a qu’à voir ses chemises pour s’en rendre compte.
 
 
Son némésis arrive sous la forme du detective-inspector Peter Carlisle, David Tennant au meilleur de sa forme. Carlisle est, au départ, un flic selon mon cœur. Arrivé en renfort pour aider la police locale débordée, il ne connait pas Blackpool et se fiche bien de savoir qui est riche ou qui est influent en ville. Les passe-droits n’ont pas de prise sur lui, pas plus que sa hiérarchie. Il mène son enquête comme il l’entend, tranquillement, parfois depuis une chaise longue installée sur la plage, apparemment pas pressé de clore le dossier, uniquement soucieux de rendre justice à la victime. Et s’il s’acharne comme un moustique sur Ripley, qui n’est d’abord qu’un suspect parmi d’autres, c’est juste parce qu’il l’énerve.
 
On ne dirait pas, mais ces policiers sont en plein travail…
 
Son antipathie pour Ripley s’aggrave quand il rencontre sa femme Natalie, qu’il en tombe amoureux et commence à glisser sur une pente savonneuse. Il s’égare moralement et déontologiquement, devient le mauvais flic, celui qui se forge une théorie et s’y accroche comme un chien ronge un os, enquêtant à charge uniquement, contre Ripley en l’occurrence, ne considérant que les preuves qui vont dans son sens, allant jusqu’à envisager de créer celles qui lui manquent. Heureusement, Carlisle a un coéquipier qui l’arrête avant qu’il fasse trop de bêtises, mais plus d’une fois je l’aurais bien choppé par les épaules et secoué en hurlant « non mais ça va pas la tête ? »
 
J’aurais pu en faire autant avec Ripley, remarquez, qui était tellement occupé à parler qu’il n’écoutait jamais personne. Mais dans leur opposition, les deux adversaires semblent faire le chemin inverse. Tandis que Carlisle perd les pédales, Ripley semble se réveiller d’un long rêve, et se rendre compte que sa vie parfaite n’était qu’un château de sable, de la poudre aux yeux qui cache le minable et le sordide, tout ce à quoi il veut échapper. A l’image de son arcade, neuve, brillante et colorée, bâtie en façade d’un immeuble miteux qui sert d’hôtel de passe. A l’image de Blackpool, parc à touristes qui produit de la musique, de la lumière et du fun sans interruption, au point qu’on en oublie que, derrière, il y a de vrais gens qui y habitent.
 
Le reste du casting est d’une égale perfection, à commencer par la très belle (je tuerais pour avoir une silhouette pareille) et très veinarde (bah oui, quoi ?) Sarah Parish, qui joue Natalie Holden, femme au foyer désespérée qui s’est toujours consacrée aux autres et ne se sent vivante que si elle se sent utile, et qui finalement s’offre une chance de penser à elle. J’ai beaucoup aimé les enfants Holden également, Thomas Morrison en fiston déphasé qui voudrait tellement que son père soit fier de lui, et Georgia Taylor, la fille préférée qui n’est pas aussi perturbée qu’on pourrait le croire mais qui s’avère être, tout bien considéré, peut-être la plus forte de la famille.
 
De toute façon, les acteurs sont bons avant tout parce que la partition est bonne. L’intrigue policière, sans être absolument confondante, est suffisamment énigmatique pour maintenir le suspense jusqu’au bout. Les dialogues sont percutants. J’ai adoré les joutes verbales entre Carlisle et Ripley, et les vacheries que ce dernier est capable de sortir, des fois sans penser à mal, sont abasourdissantes. Les personnages sont très attachants malgré leurs défauts, même sûrement à cause d’eux. Et d’avoir osé ajouter des numéros chantés et dansés est proprement génial. J’ai découvert pas mal de chansons que je ne connaissais pas du tout, redécouvert d’autres sous un nouveau jour, et je ne pourrais jamais plus entendre The boy with the thorn in his side ou don’t leave me this way sans avoir une vision des formidables chorégraphies de Blackpool.
 
Episode 3.
Faut-il y voir une prémonition, ou simplement que le Docteur est vraiment partout ?
 
Sur les conseils de Cuné (que je remercie beaucoup beaucoup pour le prêt), je ne me suis pas embêtée à voir la suite, Viva Blackpool. David Tennant n’étant pas dedans, ça ne rentrait pas dans le cadre du challenge, de toute façon. Pour la série originale, elle est évidemment vivement recommandée.
Fashion l’a vu aussi.
 
 
Publié dans Challenge Tennant 2010 | 2 Commentaires

Hear, O Israel, the Lord our God, the Lord is one

 
Exodus
De Otto Preminger. Avec Paul Newman, Eva Marie Saint, Lee J. Cobb, Sal Mineo, Jill Haworth…
1960
 
En 1947, Kitty Fremont, une jeune veuve américaine, se trouve en vacances à Chypre. Sur la suggestion de son ami le général Sutherland, commandant en chef des forces britanniques à Chypre, elle décide de travailler quelques jours en tant qu’infirmière dans un camp de réfugiés juifs, internés sur l’île car ils essayaient d’entrer sans autorisation en Palestine.
Kitty s’attache à Karen, une adolescente qui a perdu toute sa famille dans les camps, et qui espère retrouver la trace de son père en Palestine. Elle souhaite l’adopter et la ramener aux Etats-Unis avec elle.
Mais Ari Ben Canaan, un leader de la Haganah qui travaille activement à la fondation d’un état juif indépendant en Palestine, fait embarquer clandestinement 600 internés juifs à bord d’un cargo baptisé Exodus, avec l’intention de les emmener à Haïfa. Quand les autorités bloquent le cargo dans le port, Ben Canaan menace de faire sauter le bateau en cas d’abordage, et les passagers entament une grève de la faim.
Karen se trouvant sur l’Exodus, Kitty décide de la rejoindre.
 
Adapté d’un best-seller bien documenté mais très romancé, Exodus traite de la fondation de l’état d’Israël, en 1947-48, alors que la Palestine était un grand territoire mal défini, peuplé majoritairement d’arabes musulmans et sous mandat britannique. Depuis la fin du XIXème siècle, le mouvement sioniste avait entamé une lente implantation d’une communauté juive sur place. Mais après les horreurs de la seconde guerre mondiale, et la situation difficile des rescapés, qu’aucun pays ne voulait prendre en charge, le besoin d’un état juif indépendant se faisait pressant. D’autant qu’il avait été promis par les instances internationales depuis des années.
 
La partition de la Palestine devant être votée par les Nations Unies en novembre 1947, les organisations sionistes présentes en Palestine s’opposaient sur la conduite à tenir. La Haganah souhaitait convaincre l’opinion publique internationale de la gravité de la situation, pour obtenir un état Israélien légalement. L’Irgun, plus radical, voulait le gagner par les armes, et multipliait les actes terroristes contres les autorités britanniques.
 
 
Je viens sûrement de saouler tout le monde avec le cours d’histoire, mais le film a quand même peu d’intérêt sans contexte. Parce qu’avec un réalisateur qui compte parmi les grands noms du cinéma, un casting de premier ordre, un thème musical devenu depuis légendaire, Exodus avait tous les ingrédients qu’il fallait pour devenir un classique dans le genre fresque historique grandiose. Ce qu’il est, sans doute, bien qu’il ne soit pas franchement resté dans toutes les mémoires. Mais pour moi, c’est avant tout un must-seen, voire un outil pédagogique, si on s’intéresse à ce sujet, de première importance et pourtant gravement méconnu.
 
Encore que, outil pédagogique est peut-être exagéré pour un film hollywoodien qui prend de grandes libertés avec la réalité historique et qui manichéise beaucoup les choses (seul le point de vue des juifs est pris en compte, les arabes restent abstraits). Il faut surtout garder en mémoire que ce film date de 1960. Il était difficile de prendre beaucoup de recul par rapport à des événements encore relativement récents, et j’imagine que la durée du conflit au Proche-Orient était imprévisible à l’époque. Aussi, forcément, certains des discours tenus dans Exodus peuvent paraître aujourd’hui bien naïfs. Mais le rendu du vécu et des motivations des différents protagonistes est bien là, même si c’est sous forme symbolique ou simplifiée, et c’est l’essentiel.
 
La dynamique du film est basée sur des oppositions. Entre Barak Ben Canaan, le père d’Ari, et son frère Akiva, membre de l’Irgun, qui s’opposent sur la façon de se battre pour leur cause commune. Entre le jeune Dov, rescapé d’Auschwitz, qui ne voit que par la violence et la vengeance, et Karen qui a conservé la confiance en ses semblables, un espoir sans faille en l’avenir, et le courage de travailler à la construction d’un nouveau pays. Et l’opposition entre les sionistes et le reste du monde qui ne les comprend pas, représentés par Ari le fier sabra, et Kitty qui, quelque part, est à l’image de beaucoup des américains et européens non-juifs de l’époque, bien navrés pour l’Holocauste, bien contents d’avoir combattu et vaincu le nazisme, mais encore très mal à l’aise par rapport à la « question juive », voire toujours carrément antisémites. Kitty est un peu le porte-drapeau des spectateurs, elle est celle qui se retrouve au milieu d’un conflit dans lequel elle n’a rien à voir, et qui choisit de rester parce qu’elle a appris à connaître ses compagnons, qu’elle a été touchée par leur peine et qu’elle a compris le sens de leur lutte.
 
 
Le principal défaut d’Exodus est sa longueur. Il dure 3h20 et on les sent passer. En plus de ça, il est mené par Paul Newman, qui est naturellement charismatique mais qui a ici un jeu très monolithique. C’est évidemment dû au personnage d’Ari, dur, peu expressif, concentré sur ses objectifs. Sa partenaire, Eva Marie Saint, était une actrice excellente, elle savait ne pas surjouer comme le faisaient tant de ses consœurs. Mais là, elle avait un peu plus de latitude que Newman pour s’exprimer, elle aurait dû développer d’avantage Kitty, pour équilibrer, au lieu d’être elle-même aussi contenue. De toute façon, même s’ils jouent bien leur partition individuellement, c’est leur couple qui ne fonctionne pas. Il y a un manque navrant d’alchimie entre eux, je ne crois tout simplement pas à leur histoire.
 
J’aurais pu me rabattre sur Dov et Karen, qui sont des personnages presque plus attachants, mais Sal Mineo donne dans le mélodrame, et Jill Haworth dans le cabotinage. Restent d’autres rôles secondaires intéressants, celui d’Akiva Ben Canaan en particulier, joué avec beaucoup de subtilité par David Opatoshu.
 
Si la direction d’acteurs laisse à désirer, qu’il y a de gros ratés dans la prise de son et que l’image est parfois trop brillante (oui, je sais que Chypre et Israël sont ensoleillés, mais ce n’est pas la peine de se faire mal aux yeux pour autant !), il n’en reste pas moins qu’Exodus est un beau et bon film, rien que par les scènes magnifiques qui parviennent à rendre compte de ce que ces exilés, apatrides, futurs Israéliens, avaient sur le cœur et qui les faisaient avancer. Je ne parle pas des speechs et des grands discours, comme celui de Barak à l’arrivée des enfants à Gan Dafna, ou la scène finale.
 
Je pense plutôt aux conversations, celle ou Karen raconte à Dov le comportement du peuple danois face aux occupants, celle où le général Sutherland accepte finalement de rendre les armes, celle où Ari rend visite à Akiva. Et ma préférée, celle où Ari montre le mont Tabor et la vallée de Jezreel à Kitty. L’un des rares moments où il baisse sa garde et manifeste enfin cet amour de sa terre qu’on savait être là depuis le début, sans le voir.
 
« When he came here, my father called himself Barak Ben Canaan. And this valley became a jewish land once again. He can give you the date that every clump of trees was planted down, and to the month ! I just wanted you to know that I’m a jew. This is my country. »
 
O Jerusalem
De Elie Chouraqui. Avec JJ Feild, Saïd Taghmaoui, Maria Papas, Patrick Bruel…
2006
 
Dans le New-York de l’après guerre, Bobby Goldman, un juif new-yorkais, devient ami avec Saïd Chahine, un arabe de Jérusalem. Au milieu d’un groupe d’amis de nationalités et de religions diverses, ils débattent en bonne intelligence de l’actualité. Mais quand la rumeur d’une partition de la Palestine se précise, Saïd est rappelé par sa famille, et Jacob, sioniste militant, accepte une mission de recherche archéologique sur place pour rejoindre la Haganah.
Vétéran de la seconde guerre mondiale, Bobby est réticent à s’engager dans un nouveau conflit par lequel il ne se sent pas concerné. Mais il accepte finalement de suivre ses deux amis à Jérusalem.  
 
Basé peu ou prou sur les mêmes événements que le précédent, quoique focalisé sur la ville de Jérusalem comme son titre l’indique, O Jerusalem est centré sur une question qui était légèrement en arrière-plan dans Exodus, la survie d’une amitié entre des combattants qui se retrouvent dans des camps opposés. Même si les Israéliens sont largement mis en avant, une place plus importante est laissée au côté palestinien qui, dans Exodus, était grosso modo juste l’ennemi. Elie Chouraqui souhaite visiblement éviter tout manichéisme, donnant raison aux arguments des uns et des autres avec une égale justice.
 
Mais à mon avis, c’est justement le défaut dont souffre ce film. A force d’équité et de neutralité, et il faut bien le dire, de souci outré du détail en ce qui concerne les événements historiques (c’est vraiment un film de guerre, plein de tactique et de stratégie militaire qui me passe complètement au dessus de la tête), on finit par ne plus savoir si on regarde un documentaire ou une œuvre de fiction. Exodus a ses défauts, mais tout dedans crie big motion picture” là où O Jerusalem semble parfois avoir des préoccupations de livre d’histoire. Ce qui est compréhensible, puisqu’il est justement adapté d’un livre d’histoire. Mais qui se soucie de savoir, au kilomètre et à la minute près, où et quand se sont passés les affrontements et les attentats ? L’important c’est qu’ils se soient passés, et pourquoi. A être aussi pointilleux, on s’éloigne des personnages, de leurs motivations individuelles et de la dimension humaine.
 
Comprenons-nous bien, je ne suis pas pour un cinéma qui prend son audience pour des débiles incultes et illettrés à qui il faut prémâcher toute réflexion et servir uniquement du divertissement facile. Seulement, la guerre d’indépendance israélienne est un sujet aussi intéressant qu’il est complexe, il suffit d’ouvrir un journal pour s’en rendre compte, et il me semble que, comme souvent au cinéma, la fiction est le meilleur moyen d’amener les gens à s’y intéresser. Parce qu’il est moins question ici de grammage d’explosif et de mètres carrés de territoire pris à l’adversaire que de foi en un idéal, de patriotisme, de soif de justice et de fierté. Toutes choses que n’importe qui peut comprendre, même s’il n’est ni juif, ni arabe, ni musulman, ni Israélien, ni Palestinien.
 
 
Heureusement, les acteurs principaux Saïd Taghmaoui et JJ Feild act their socks off (j’aime bien cette expression…) pour donner de la substance à cette histoire, face à d’autres comme Patrick Bruel et Ian Holm qui sont d’avantage préoccupés à être fidèles à leur rôle, figures inspirées partiellement ou complètement de personnages historiques.
 
Une autre chose m’a gênée aussi, c’est le casting international. Pas en tant que tel, je n’ai rien contre, mais parce que le film a été tourné en anglais, arabe et hébreux. Autant pour les deux dernières langues, je me fiche pas mal de la qualité de la diction, de la grammaire et de l’accent, autant j’ai trouvé un peu fatigant d’écouter certains acteurs (français, israéliens et sûrement bien d’autres choses encore) parler un anglais qu’ils ne maîtrisent pas du tout. Il s’agit peut-être d’un choix de mise en scène. Les conversations entre les immigrants juifs venus de toute l’Europe devaient réellement être laborieuses au début. Ou alors le niveau d’anglais moyen du casting était réellement bas, je ne sais pas. En tout cas, c’est inconfortable.
 
Alors oui, je sais, j’ai souvent râlé après les blockbusters américains où les russes parlent entre eux en anglais avec un accent russe (du plus haut ridicule), et les feuilletons franco-germano-italo-ce que vous voulez, où les acteurs jouent chacun dans leur langue et sont ensuite doublés (pour un résultat généralement lamentable). Mais je serai plus indulgente à l’avenir, parce que quand même, si on veut que les spectateurs soient un minimum intéressés par ce qu’on leur raconte, le mieux n’est sans doute pas de focaliser toute leur attention sur la compréhension des dialogues.
 
Ou alors il faut regarder le film dans sa version doublée. Mais ça, j’ai de plus en plus de mal. 
 
Dans l’absolu, je trouve que ces deux films sont complémentaires. Aucun d’eux n’est exempt de défauts. Exodus est long, d’un style un peu daté, et imprécis, quand O Jerusalem est au contraire bien trop précis, et manque un chouïa de largeur, malgré son ouverture d’esprit. Mais l’un comme l’autre ont des tripes, et savent remettre l’histoire avec un grand H au niveau de l’humain. Avec plus ou moins de succès certes, mais quand même. Je ne sais pas si je comprendrai mieux le conflit israélo-palestinien pour autant, parce que les choses se sont beaucoup emberlificotées depuis 60 ans. Mais je crois qu’au moins je comprends pourquoi ça a commencé. Et vraiment, je n’y trouve personne à blâmer.
 
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